Un blog en 6 pièces

Le chant des sirènes – Orelsan

In Pietro Della Rocca, Près des enceintes on 7 octobre 2011 at 15:31

 

par Pietro Della Rocca

Difficile position que celle de notre ami Orelsan au moment de sortir son deuxième album. Le mec avait séduit une bonne partie du public français (et moi-même en particulier) en prenant le contre-pied de l’ensemble du rap jeu, revendiquant son côté loser, geek et no life. Il faut bien le dire, on s’identifiait assez facilement à cette sorte de trentenaire moyen pas tout à fait sorti de l’adolescence, prompt à trop picoler avec ses potes et effrayé par les meufs. Problème : avec Perdu d’avance (son premier album), le bonhomme a connu le succès, et est même devenu assez hype. Et maintenant, qu’est-ce qu’il va bien pouvoir nous raconter ?

Le chant des sirènes se situe sur une corde raide. Pour caricaturer, deux solutions s’offrent au rappeur normand. La première option serait de continuer à nous parler de ses soirées ratées, de ses échecs du quotidien et de son absence de foi en un futur radieux. Outre le fait qu’un tel discours serait moyennement crédible après le succès connu par l’artiste, il sonnerait surtout comme une redite un peu paresseuse de l’album précédent. Alors oui, c’est vrai, tous les Booba, Rohff ou Sefyu ressassent encore et toujours les mêmes thèmes (j’ai un gros gun, de belles bagnoles et je baise plus de meufs que toi) sans pour autant qu’on leur en tienne rigueur. Il n’empêche, venant d’un mec créatif comme Orelsan qui nous avait surpris en 2009 avec ses textes atypiques, on attend mieux. Force est de constater que malheureusement, les nouvelles chansons du maestro tombent un peu dans ce travers facile. Un exemple : dans les seize chansons que compte l’album (oui, il a été généreux), on rencontre encore des bitures entre potes, des black-out, des choix douteux suite à une trop importante consommation de joints et des lendemains qui déchantent (Des trous dans la tête). Cruelle stagnation résumée par Orelsan lui-même, encore capable malgré tout de trouver les formules qui font mouche : « ton rap c’est comme Pôle Emploi, faut que tu t’actualises ».

L’autre écueil, a contrario, serait de prendre prétexte des récents succès pour basculer dans un rap mainstream nous racontant la gloire, l’argent, et les filles. Bien sûr, Le chant des sirènes ne tombe pas dans le bling-bling (non, Orelsan ne sera jamais Lil Wayne), mais on sent malgré tout une certaine tentation pour le côté obscur, notamment lorsque le garçon fait état de ses nombreuses conquêtes féminines (Double Vie). Venant d’un mec qui nous disait il y a deux qu’il « trouvait jamais de meuf » et « traînait qu’entre testicules », ça fait bizarre.

Si on ajoute à ce constat des musiques vraiment pas dingues, on peut donc résumer Le chant des sirènes en un mot : décevant. Mais pouvait-il en être autrement ? Certainement, étant donné qu’on retrouve tout de même ponctuellement le génie d’Orelan. Le titre éponyme, Le chant des sirènes, offre un son sympa et permet de retrouver l’artiste torturé et un peu paumé qu’on avait adoré, et sa peur de l’échec. Dans un autre registre, Ils sont cools (en duo avec Gringe) renoue avec les recettes qui nous ont fait kiffer. Tout ce qu’on aime dans ce rap : des bonnes grosses punchlines , de la méchanceté gratuite, de l’auto-dérision et un peu de vulgarité puérile. Un manifeste drôle et fédérateur, un peu à l’image de son No Life de 2009. L’album pâtit peut-être d’un certain manque d’ambition, résumé par cette magnifique phrase : « mon canapé en skaï’s the limit ». Il ne nous reste plus maintenant qu’à espérer que notre héros se ressaisisse, à afficher son logo dans le ciel et à attendre qu’il revienne nous sauver des griffes de notre quotidien ennuyeux.

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