Un blog en 6 pièces

Intouchables, ou comment aimer un film qu’on a envie de détester

In Le home cinema, Vlameth Brevada on 7 novembre 2011 at 14:27

par Vlameth Brevada

Parti pour voir Polisse, les hasards de la vie et des places de vélib’ m’ont finalement amené bien malgré moi devant le duo François Cluzet- Omar Sy. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’en suis sorti plutôt agréablement surpris.


Alors déjà, que je vous explique ce qui m’a amené à voir Intouchables. Parce que les comédies sociales à la française, c’est pas trop trop mon truc en général.

10h15- les promesses: Pris la veille dans un débat sulfureux autour de Polisse, alors que j’étais le seul à ne pas l’avoir vu, je souhaite y remédier et ne pas revivre cette expérience douloureuse. J’ai eu beau essayer de détourner la conversation: « – Et sinon, vous avez aimé ses précédents films? – Et le match d’hier, vous l’avez vu, le match d’hier? – Et mes nouvelles chaussures, regardez mes nouvelles chaussures! », mais rien à faire. Ce matin, je me décide donc à aller le voir. Une promenade sur les Boulevards, un film, un McDo, rien de tel pour combler l’inconsistance de ma vie de chômeur. Une matinée pleine de promesses, donc.

10h30- l’angoisse: J’arrive devant le Gaumont Opéra sur mon fidèle destrier et là, une vision d’angoisse parisienne moderne me saisit: aucune place libre pour ranger mon vélib’. Je respire un grand coup, un passant me réanime, et me voilà parti pour la station d’à côté, complètement zen.

10h55- la délivrance: Je trouve ENFIN une place, à quelques dizaines de kilomètres de cinéma. Je vois arriver le type censé vider les stations pleines et remplir les vides pour qu’il y ait des places partout. Un son strident façon Scarface et une envie soudaine de tuer me traversent l’esprit: ni une, ni deux, je lui sors mon regard qui tue.

Il s’en sort bien, la séance va commencer, pas le temps pour ces conneries.

11h05 – la fin d’un rêve: (essouflé, ruisselant de sueur) « – Bonjour… une place… pour Polisse… s’il vous plaît. -Oui. 10,50€, s’il vous plaît. Et le film a commencé depuis 10 minutes. »
Gloups. 10,50€? Question: à votre avis pourquoi je m’emmerde à me lever le matin alors que j’ai toute la journée pour aller au cinoche? Réponse: pour les places du matin à 5€. Fort d’un pouvoir de décision rapide et incisif, je choisis de ne pas me laisser avoir par le grand Capital, surtout maintenant que j’ai raté les 10 premières minutes. « Bon, bah, tant pis, au revoir madame. » Direction UGC.

11h10 – un nouvel espoir:  Chez UGC, Polisse a aussi commencé depuis 15 minutes. « Et Drive? -Depuis 20 minutes, Monsieur. » Bon alors voyons, qu’est-ce qui reste de pas trop pourri… Intouchables? Sûrement pas. Bons sentiments + François Cluzet= remake des Petits Mouchoirs. Aucune envie de retomber dans ce cauchemar consensuel. Bon, quoi d’autre? Voyons… Ah, bah rien. Et bah voilà, je suis comme un con. Bon, il paraît que c’est pas si naze que ça, Intouchables…. Et finalement, c’est peut-être un bon gars, ce Cluzet. Et puis j’ai très très envie d’aller me poser dans les gros fauteuils de l’UGC Opéra. Allez, une place. A 5€, s’il vous plaît.

Voilà, maintenant que je vous ai exposé les aléas de mon existence médiocre, on peut passer au film. Vous aurez compris que j’y allais plutôt à reculons, ne souhaitant surtout pas tomber dans l’unanimité populaire -ce qui est un peu l’histoire de ma vie. Dans les premières minutes, je réprimais donc les rires, et j’accompagnais chaque esquisse de sourire par un regard en coin chargé de méfiance. « – Houlà, qu’est-ce que ça cache, ça? » Ha, ha, cinéma français, tu n’auras pas ma peau aussi facilement avec tes histoires d’handicapé blasé et de grosse-racaille-qui-en-fait-est-un-mec-gentil!

20 minutes plus tard, c’en est déjà fini de ma posture du mec à qui on l’a fait pas: je dois bien avouer que je me suis fait avoir. Ouais, j’ai rigolé. Ouais, j’ai même (presque) chialé. Pourquoi? Franchement, je ne saurais l’expliquer. Le film n’a pas de scénario, en clair, il n’y a pas vraiment d’histoire. Une fois qu’on sait que le grand re-noi travaille pour l’handicapé milliardaire, plus rien ne se passe. On assiste pendant 1h30 à une chronique de leur vie commune, et rien d’autre. Et c’est justement ça qui laisse la place à des rires faciles et des coins de l’oeil qui brillent: ne se cachant pas derrière des justifications factices, le film n’affiche aucune prétention, et laisse les séquences se succéder sans véritable lien entre elles, chacune ayant à elle seule un certain pouvoir comique ou émotionnel. Alors attention, c’est pas non plus de la grosse envie de chialer façon France-Brésil 98, et c’est pas du gros éclat de rire qui tâche. Et puis les ficelles sont quand même un peu grosses: évidemment, un mec qui galère et qui doit s’occuper de ses 8 petits frères dans un appart’ de 30m², ça suscite de la compassion chez tout être normalement constitué. Mais en affichant la couleur dès le début et en se débarassant de toute intention moralisante, le film nous autorise à laisser ces émotions faciles monter gentiment: pas (trop) de dialogues qui dégueulent de mièvrerie ni de musique qui fait chialer non plus.

Omar Sy est drôle, heureusement d’ailleurs parce que tout le film repose sur lui. Il est un peu idéalisé quand même: toujours la bonne réaction quand il faut, toujours la bonne réplique, il incarne un peu le mythe du bon sauvage, et n’hésite pas à faire usage de sa force quand il faut -ce qui suscite d’ailleurs un sentiment étrange de puissance, genre « Vas-y comment il est fort mon pote Omar, tant que je serai dans cette salle de ciné, personne pourra rien faire contre moi! » Mais on accepte tout ça très facilement, allez savoir pourquoi. L’intelligence de la mise en scène réside dans la mise en retrait du personnage de Cluzet, ce qui permet de ne pas nous étouffer de tristesse pour ce mec qui ne peut plus bouger sans qu’on l’y aide. Bon, il y a quand même des trucs qui ne passent pas. Au début du film, Idriss (Omar Sy) tabasse un mec pour qu’il bouge sa bagnole de devant l’entrée de Philippe (François Cluzet), alors qu’à la fin, il use du « Excusez-moi, Monsieur, pourriez-vous vous déplacer s’il vous plaît? » L’homme blanc a civilisé le sauvage, en quelque sorte: ça fait un peu chier. Heureusement, ces quelques erreurs de jugement sont isolées les unes des autres, ne laissant pas l’impression de voir la comédie faussement sociale qu’on nous promettait.

En écrivant ces lignes, je me rends compte que tout ce que je dis devrait me faire détester ce film. Mais j’ai bien aimé, et je ne me l’explique pas. Peut-être sommes-nous dans une période de vide émotionnel, trop occupés que nous sommes par les aspects concrets et pragmatiques de nos vies respectives, et que l’on se contente d’émotions faciles à digérer, consensuelles, qui ne laissent pas de traces. C’est beau, putain.

Allez, j’ai envie de mettre une note… Disons… 13/20. Au risque de me répéter, je résumerai le film en deux mots: sans prétention. C’est ce qui le sauve de la mièvrerie. En sortant de la salle, je vous garantis que vous aurez déjà oublié ce que vous venez de voir, mais au moins vous aurez rigolé et/ou versé un début de larme.

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  1. C’est marrant, je n’ai pas vu le film et je ressens la même chose que le rédacteur avant qu’il ait vu le film justement.
    C’est vrai qu’on n’a pas envie de retomber dans Les petits mouchoirs dans cette histoire.
    Du coup, je vais peut-être aller le voir. Si l’occasion se présente bien sûr…

  2. En même temps, critiquer un film sans l’avoir vu, ça peut être marrant aussi… Tu peux nous envoyer ta critique si tu veux, l’Appart’ est ouvert jour et nuit.

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