Un blog en 6 pièces

De la merditude au théâtre…

In Le salon, Roi des ânes on 29 novembre 2011 at 13:39

Par Roi des ânes

Comme je l’avouais dans un post précédent, je ne suis pas un très grand fan du théâtre. Je soutiens même, les mauvais jours, l’hypothèse un poil polémique que l’art théâtral n’est plus pertinent avec notre époque, qu’il a perdu sa fonction dans la société et est peut être voué à disparaître quelques temps, un peu comme le break qu’il a fait de la Rome antique au 17e siècle. On se contenterait, en attendant, des représentations formolées de la Comédie française et des importations pittoresques de la Cartoucherie.

Mais une fois n’est pas coutume,  je suis traîné de force au Théâtre de la ville voir du caca. Littéralement une pièce traitant du caca. Vous n’allez pas me dire qu’ils ne nous cherchent pas un peu.

« Sur le concept du visage du fils de Dieu «  de Roméo Castelluci

Grâce au livret, j’apprends au passage un mot à ressortir dans les dîners mondains de l’appartement, “l’eschatologie ”, qui ne signifie rien moins que la fin du monde. Il y a l’eschatologie chrétienne, l’eschatologie juive et ma préférée l’eschatologie Gault d’Agnot (4/20).
Or cette pièce provoque l’indignation des catholiques intégristes qui en perturbent les représentations en occupant la scène, jetant des grenades lacrymogènes et aspergeant les spectateurs d’huile de vidange.

Pourquoi ? Oh pour rien, ce sont de sombres connards.

“On va passer une bonne soirée” me dis-je alors qu’une dizaine de camions de CRS nous accueillent place du Châtelet. Liste des spectateurs en main, nous sommes filtrés une première fois sous la pluie, puis une seconde fois devant les portes du théâtre. Ajoutez à cela le fameux portique de sécurité des aéroports agrémenté d’une fouille, et j’ai l’impression de partir en vacances avec la BAC de Nanterre comme personnel navigant.

Nous ne sommes pas au bout du spectacle, l’intérieur de la salle est encore plus impressionnant: des flics partout !!! Tous les vingt rangs des condés en civil, debout dans les escaliers surveillant les spectateurs, contrôlant les accès.

Nous nous regardons tous, un peu effarés d’être la cause d’autant de mise en place, quand le directeur du théâtre, désolé du retard pris par les mesures de sécurité, nous interpelle sur sa volonté farouche de continuer les représentations malgré les menaces, au nom de la sacro-sainte liberté d’expression et nous invite à signer une pétition. Applaudissements fournis puis la pièce commence enfin.

Nouvelle surprise, les lumières ne s’éteignent pas. Je me dis que c’est pour anticiper l’attentat potentiel. J’apprendrai par la suite que c’est un choix de mise en scène, preuve que le contexte de la représentation a pris un ascendant définitif sur son contenu. Car nous avons revêtu sans le vouloir l’uniforme des guerriers de la liberté d’expression, nous campons bien malgré nous les figures d’une résistance farouche à la censure sous escorte policière, nous défendons de nos vies la métaphysique-du-caca libre, le droit universel de glisser de la scatologie à l’eschatologie… Quelle soirée !

“ YOU ARE – NOT – MY SHEPHERD” s’écrit en lettres de lumière sur le visage maculé du Christ.

Fin du spectacle et je réalise que je n’ai pas pensé une seconde à la pièce, tressaillant dès qu’un spectateur quittait la salle sous le regard des forces de police, tout occupé à fantasmer un Mad-Max-Big-Brother-Blade-Runner d’anticipation, la France au pouvoir des religieux fanatiques où l’art, même merdique, est prohibé. Une perspective funeste, une pensée émue pour le peuple iranien et une parenthèse saveur Vichy fortifiante avant la vague Bleu Marine d’avril prochain…

Grâce – si j’ose dire – aux connards d’intégristes cathos, j’ai retrouvé le temps d’une soirée ma foi dans un théâtre perturbateur, dérangeant, révolutionnaire. Sauf que la prochaine fois, il faudrait que la magie se passe sur scène. Car pour questionner l’existence de Dieu, très cher Roméo, il y a plus simple:


YOUTUBE IS MY SHEPHERD

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