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A votre écoute, coûte que coûte

In Près des enceintes, Vlameth Brevada on 1 février 2012 at 23:55

par Vlameth Brevada

France Inter a lancé une nouvelle émission, « A votre écoute, coûte que coûte », qui est peut-être ce qui se fait de plus drôle et de plus surprenant actuellement à la radio. Et qui, en prime, envoie une pichenette au pire fléau radiophonique qui soit: la libre-antenne.

Un matin de ce mois janvier, 12h20, France Inter, Isabelle Giordano annonce la première diffusion de « votre nouvelle émission de conseils santé-pratique », prévue désormais tous les jours à cette heure. On va donc se faire chier le midi. Bon, allez, je vais quand même écouter la première émission, au pire, si c’est naze, ça me donnera un nouveau truc à critiquer, c’est ce que je fais de mieux. Alors allons-y. Violons en intro et générique de présentation digne de Radio Courtoisie: « Anima sana in corpore sano, un esprit sain dans un corps sain ». Oh putain, bonjour la psychologie à 2 balles, on dirait les bouquins de méditation de ma tante, avec le signe du yin et du yang sur la couverture.  » Philippe et Margareth de Beaulieu, à votre écoute. » On va donc écouter des auditeurs raconter leur life, sans se rendre compte que tout le monde se branle royalement de leurs petits problèmes. Bon, je fais un effort, je continue. « Bla bla bla à votre écoute, bla bla bla psychologie, bla bla bla on a Olivier en ligne, bonjour. » Je m’apprête finalement à zapper, quant tout à coup, un miracle semble se produire.
« – Vous nous appelez de Dijon, alors quel est votre problème? Vous êtes en colère? La moutarde vous monte au nez, ha ha ha?
– Heu, non, je souffre d’obésité. »
Et bam, gros blanc. Ambiance humour noir dans une émission « santé »? Qu’est-ce que c’est que cette histoire? Continuons.
« – Alors d’abord quel est votre poids?
– 150.
– Et vous mesurez?
– 150.
– Non, votre taille…
– Oui, 150. »
Re-blanc.
« – Ah oui… là, effectivement, c’est ce qu’on appelle un problème d’obésité. Obésité morbide, même. Houlà. »
Je reste scotché à ma radio. Le médecin reprend:
« -Que mangez-vous, Olivier?
– Bah, le matin des biscottes et du beurre allégé, le midi une salade et un yaourt, et le soir, très léger.
– D’accord… Olivier, pourquoi nous mentez-vous? Il doit bien y avoir un moment où vous vous gavez quand même, non? »

Et ça continue sur ce ton pendant 10 minutes. Je ne vous en dirai pas plus, parce que la surprise fait partie de l’émission. En tout cas, ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté un truc aussi drôle. C’est même très rare d’être surpris à ce point à la radio, d’où l’envie de vous faire partager cela. Si vous ne savez pas quoi faire à 12h20 demain, n’hésitez plus. Et tant pis si vos collègues vous attendent 5 minutes devant la porte pour aller bouffer.

L’arrivée de cette chronique est aussi l’occasion de souligner que la libre antenne est la pire des choses que l’on puisse écouter à la radio. Et en cela, France inter marque un point de plus. Là, je marque une pause: car attention, vous êtes sur le point de lire deux paragraphes d’indignation contre les libres-antennes, indignation que je reconnais être complètement inutile et sans aucun intérêt. Mais comme j’aime beaucoup écouter la radio, je m’irrite très vite dès qu’il en est question. Je vous aurais prévenus. C’est parti, donc.

« Je m’indigne », paragraphe 1: La libre-antenne n’est rien de moins qu’un signe de démission du journaliste. Et vlan. Quand on ne sait pas comment traiter un sujet, ou comment en parler, rien de plus simple que de donner la parole à Véronique, 33 ans, mère au foyer, et de la laisser nous bassiner avec ses petits problèmes. « Oui, alors moi, je suis une victime directe de la baisse de la TVA dans la restauration, vous voyez, mon mari, il tient une buvette à côté du stade, et son sandwich aux rillettes est passé pus cher que le jambon-beurre du bistro d’en face. Tout ça à cause de la baisse de la TVA. De toute façon, les politique, ils s’en foutent de nous, ils pensent qu’à leur pognon, y’a qu’à voir l’affaire DSK. » Voilà à peu près ce à quoi l’on a droit dès qu’on laisse les auditeurs s’exprimer. Parce qu’en général, ceux qui ressentent le besoin de parler à l’antenne à des millions d’auditeurs sont aussi ceux qui ont l’impression, dans leur quotidien, que personne ne les écoute autour d’eux. Or, si personne ne les écoute, c’est en général parce qu’ils sont très chiants, voilà.

« J m’indigne », paragraphe 2: Par ailleurs, donner la parole à un auditeur, c’est en quelque sorte transformer son opinion personnelle en information. Car elle est légitimée par le journaliste qui lui laisse l’antenne. Or, prétendre qu’une opinion individuelle -qu’elle soit juste ou non- constitue une infirmation et doit être partagée au plus grand nombre, sans se soucier de la possibilité ou non de généraliser ce cas individuel, c’est précisément la définition même du populisme. En d’autres termes, si vous souhaitez prédire le programme de campagne de Marine Le Pen, écoutez les libres-antennes. Pour s’exprimer sans contrainte d’objectivité, ni de vérification des propos, il y a par exemple le comptoir du bar, la machine à café, ou les blogs. Sur celui-ci, par exemple, nous ne sommes pas à une approximation près. Et on s’en fout, parce que les lecteurs savent très bien que ce qui est écrit ici n’est pas forcément exact, ni objectif. Le journaliste, lui, a un devoir de véracité et de justesse que la libre-antenne ne peut lui permettre de remplir. Et le quotidien de Véronique devient alors vérité pour les auditeurs, ce qui serait bien triste.

Voilà, mon quart d’heure « Stéphane Hessel » est passé. Ca va mieux. Je peux retourner écouter la radio l’esprit léger.

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