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Le Grand Webze: la télé commande.

In Le home cinema, Vlameth Brevada on 27 mars 2012 at 23:55

par Vlameth Brevada

Le web à la télé a-t-il un sens? La première version du Grand Webze du génial François Rollin semblait avoir prouvé que oui. 4 épisodes et un arrêt définitif plus tard, on se demande pourtant comment la meilleure émission de l’année s’est transformée en un show télé classique en à peine 4 mois et autant de versions différentes. Une énigme dont seul le PAF a le secret.  Eléments d’explication en une subtile comparaison du premier et du dernier épisode.

Emission 1: l’extra-terrestre

A la vue de cette première version, je soupçonne la plupart d’entre vous d’avoir commencé à raler dès les premières minutes: « Rhaaaaaaah, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire??? Il est où le plateau?? Elle est où la pute aux gros seins du premier rang?? Il est où Stéphane Rotenberg?? Rendez-moi ma télé, merde!! »

Or ici, vous êtes dans l’antre de VinVin et François Rollin: il règne un air d’authenticité dans cette émission. Comme si les blancs qui ponctuent les conversations quotidiennes se retrouvaient à l’écran, comme si les vannes ratées existaient vraiment. Comme dans un spectacle de Rollin, où l’on n’entend pas de vannes à proprement parler, mais seulement des intentions, des démarches, des exclamations qui rendent sa prose jouissive et addictive. Dans cette émission, personne ne sait vraiment à quoi s’attendre. On n’est pas certains que les invités vont être intéressants, ou drôles. D’ailleurs, quand on les voit débarquer, on est même plutôt sûr du contraire. Mais c’est naturel de ne pas être naturellement passionnant, et c’est normal – et stimulant- d’aller chercher un intérêt chez qui n’en présente à priori aucun.

Le grand Webze présente les gens du web (car c’est ça le principe, quand même) comme des personnes normales et banales, sans l’embellissement télévisuel habituel. Et bah oui, la télé, c’est pas du cinéma, et ce n’est pas de l’art. C’est de la télé. Et pan.

Cette démarche s’applique parfaitement au web. Sous un blog, sous un concept numérique, sous un compte Facebook, il y a un coeur qui bat, messieurs, dames. Et souvent quelqu’un d’assez inintéressant, aussi. LGW nous propose de voir ces gens sous leur visage le plus simple, et nous démontre que le web est avant tout le fruit de l’esprit humain. Ensuite, le côté « fait maison » est une sorte d’allégorie du mode de pensée DIY , fruit de l’émergence de développeurs surdoués, capables de créer des sites très complexes avec leurs petits doigts. Et bah ouais, le web est avant tout un espace artisanal, comme cette émission.

Ceci dit, il n’est quasiment pas question d’internet dans l’émission: ce n’est qu’un prétexte pour aller d’invité en invité, tous liés de prsè ou de loin à Internet, mais n’en parlant pas vraiment. Prétexte aussi pour renouveller la forme des émissions télé, et donc y mettre un peu d’artisanat et d’authenticité. On n’assiste donc pas à l’habituel et attendu de catalogue de bloggueurs, donc, ni d’énumération de buzz de la semaine. Tant mieux.

Enfin bon, en fait, l’émission est géniale, c’est tout.

Bon, seul truc un peu agaçant: la meuf chiante qui lit les tweets des internautes, et qui se croit au top parce qu’elle est sur Twitter. Elle vérifie parfaitement le théorème énoncé quelques lignes plus haut: tu peux être überhype sur Twitter, et complètement relou dans la vie.

Emission 4: la télé revient à la raison

Alors, je sais, la qualité est pourrie et en plus, c’est le moment de l’interview, donc pas vraiment de quoi juger l’émission. Mais c’est tout ce que j’ai trouvé. En gros, si tu n’as pas vu cette émission #4, tu peux t’abstenir de lire la suite. Désolé.

Pour commencer, plus de couloirs interminables, plus d’écho, plus de micros mal réglés, mais une désagréable envie de vomir à la vue du plateau, à mi-chemin entre ceux de + Clair et de Ce soir (ou jamais) »: des espèces de cubes lumineux déjà vus sur à peu près 12 000 plateaux télés ces dernières années. Ouf, pas de Anne-Sophie Lapix en vue, c’est toujours ça de pris. Mais ça sent quand même pas la déferlante de fraîcheur, tout ça.

Et pourtant, les premières minutes redonnent espoir en un retour de l’émission extra-terrestre et improvisée que l’on attendait: « Nous n’allons pas rappeler à nos amis téléspectateurs le principe de l’émission, puisque nous-mêmes ne le connaissons pas. » Il est vraiment fort ce François Rollin. Mais quelques minutes plus tard, après avoir montré un extrait d’une animation trouvée sur jesuisbiencontent.fr -très drôle au demeurant- erreur fatale: le duo donne la notice de son émission: « une visite au pays du web ». Ce qu’on craignait est donc arrivé: on a droit à un catalogue de bloggueurs, de social networkers, de vidéos trouvées sur le web, comme une sorte de grand zapping 2.0. On dirait la rubrique de Michalak dans « C à vous », mais qui durerait 2 heures. Une certaine idée de l’enfer, quoi. Le grand webze, ce serait donc une émission qui parle du web, et pendant laquelle on peut réagir en direct sur Twitter (grâce à la même meuf, toujours aussi chiante). Avec en prime un mode d’emploi des hashtags qui dure 10 minutes. Cette fois, on jurerait entendre la voix-off de Top Chef, celle qui t’explique pendant un quart d’heure ce que tout le monde a compris depuis longtemps:

Lignac: « – Alors là, il va falloir réaliser un dessert, mais sans utiliser de sucre. »
Rotenberg: – « – Voilà, donc vous l’avez compris, vous devez réaliser un dessert, mais sans-u-ti-li-ser de sucre. »
Un candidat: « – C’est vrai que quand ils nous ont annoncé qu’on devait réaliser un dessert sans utiliser de sucre, bon bah… »
Et cette putain de voix-off: « – Les candidats ont donc 1 heure pour réaliser un dessert. Mais attention, ils ne doivent pas utiliser de sucre. »

Si le Grand Webze pouvait nous éviter cet abrutissement devenu étrangement ordinaire… Et puis le coup des hashtags, je peux le faire aussi devant Touche pas à mon poste (le fameux #TPMP) ou même devant n’importe quel film (« Ce soir, je retombe en adolescence. #Retourverslefutur #NRJ12 »).

Déception, donc. Le Grand Webze a subi le lifting « télévision à l’ancienne » habituel: on fout des animateurs sympas, des séquences « humour », 2 mecs en promo, et ça devrait marcher. Comme d’hab’ quoi. On se laisse porter par cette émission comme les autres (et quand même un peu mieux que les autres d’ailleurs). Car comme toutes les autres, cette émission ne tient le rythme que grâce à la classe de ses animateurs, François Rollin en tête, et au choix judicieux de ses invités en promo, les mecs du Palmashow. Et c’est vrai qu’on suit plutôt bien l’émission, avec -je me répète- le plaisir permanent d’entendre François Rollin parler de tout, de n’importe quoi, de rien, peu importe finalement. Mais en termes de concept d’émission original, et pour ceux qui voulaient de la nouveauté, #cestraté.

Au final, au lieu de se réinventer en fonction des autres medias, comme ce que proposait la 1ère version de l’émission, la télé absorbe le web et le recrache tel quel, sans traitement, sans idées.

#dommage.

En espérant revoir cette équipe très bientôt. Et bravo à eux d’avoir osé.

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