Un blog en 6 pièces

Le Roi David

In Près des enceintes, Roi des ânes on 9 avril 2012 at 17:36

Par Roi des ânes

Paris est la seule ville au monde où David Guetta a le trac avant de monter sur scène… et presser le bouton play du cd de son concert.

22H30

Triste, triste dimanche de Pâques dans la capitale déserte. Sous une pluie molle et froide, je me dirige vers le temple aux pelouses verticales qui vibre depuis 19h30 aux sons des infrabasses fun-radioesques; le Roi, fidèle aux coutumes du royaume de la « night », ne sera sur scène qu’à 23h. Les métros parisiens attendront d’ailleurs spécialement pour lui.

22h55

Bercy, qui s’est métamorphosée en une immense boite de province, craque sous la foule des fidèles qui arborent bracelets lumineux et t-shirts aux  slogans d’Ibiza. Soudain, l’assemblée frémit comme un seul homme: tous les regards convergent vers la tribune VIP où la reine et le prince – Cathy et Elvis Guetta- saluent généreusement le bon peuple, dans un nuage de VIP issus de la télé-réalité que seul l’oeil expert de Vlameth aurait pu identifier. Je ne reconnais pour ma part que Jean Marie Bigard et une angoisse sourde monte en moi.

23h précises

Le roi David accède à son trône : 4 platines cd devant un écran vidéo. Maigrichon, avec une coupe de cheveux que seuls un triple album de platine et une liste de featuring vertigineuse sur Nothing but the beat (2011) autorisent, David met son casque et lance son bulldozer électronique qui ne bougera pas d’un seul beat pendant 3H.

Le boléro de Guetta, 600 fois le même cycle en une soirée !

Vous avez dit pauvreté musicale? Non ! Simplicité, appropriation immédiate de la ritournelle pour les impétrants au levage de bras. Les usages du royaume Guetta sont simples et David vous les donne de bon cœur : doigts en pistolet quand un sample “tabasse”, mouvement des avant-bras à l’entrée des percussions, doigts en coeur pour les intros vocales boursoufflées d’auto-tuner, et pour le summum, l’extase, claquement de mains au dessus de la tête en marquant le beat alternativement de chaque pied.

Alors on danse. Et quand le véritable tube de l’album,”Little bad girls” (feat Taio Cruz et Ludacris) explose et que les machines à confettis et fumées répandent une ambiance de boum de collège, on chante de bon coeur.

Que fait-il exactement derrière ses platines? C’est un peu la question, à cause de cette fâcheuse manie qu’il a de lever les bras – ou de boire – au moment précis des enchaînements. Mais le seuil de rentabilité de cette merveilleuse équation – un mec sur scène vs 17.000 entrées payantes – est d’une telle beauté qu’on lui pardonne son djing en play-back.

1H00

En nage, David prend quelques mesures pour nous rappeler que sa musique fut longtemps ostracisée, cantonnée aux raves illégales dans des tunnels. Et à l’écouter 15 ans plus tard, on se demande bien ce qu’il reste de ce paradis underground auquel se réfère cette joyeuse putasserie sonore.

Mais à travers cet univers vulgaire et cheap où l’énergie drink a remplacé la drogue, David demeure désarmant de bonne volonté, tout occupé à faire kiffer les gens, presque touchant quand il rit comme un môme à chaque fois qu’il a piégé son public en coupant le son.

Alors comme disait le bon Arthur Honegger : “Vive David vainqueur des Philistins, l’éternel l’a choisi, l’éternel le soutien.”

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