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Déménagement: mode d’emploi

In La chambre d'amis, Vlameth Brevada on 5 mars 2012 at 23:14

par Vlameth Brevada

Les locataires en savent quelquechose, un déménagement avec des potes, c’est un peu comme une soirée: ça peut être un moment plutôt sympa, mais si on ne fait pas attention à quelques détails, ça peut rapidement devenir une grosse galère. Voici donc un mode d’emploi qui devrait t’éviter de perdre des amis pour quelques cartons.

L’invitation

Option 1:  » Est-ce que tu penses pouvoir venir nous filer un petit coup de main ce week-end? Je vais essayer de motiver un maximum de personnes pour que ça aille vite. »

L’essentiel: ne pas prendre la participation de tes amis pour un devoir d’amitié. Car, aussi lunaire que cela puisse te paraître, ils peuvent avoir prévu d’autres plans pour leur samedi après-midi que de se coltiner des cartons sur 4 étages. A éviter aussi: les formules du genre « t’es vraiment génial si tu viens », sous-entendant « t’es vraiment une merde si tu ne viens pas ».

–> VerdictDéménagement réussi!

Option 2:  » C’est samedi, à 9h, je sais pas combien on sera, ça risque d’être le bordel. Fais pas ta feignasse comme d’habitude. Il faut que tu sois là pour monter le lave-vaisselle, la machine à laver, le frigo et le lit. Et ramène des bières. »

Puisque tu as l’air sincère en disant ne pas savoir combien de personnes répondront à cette charmante invitation, on peut peut-être t’aider: ce chiffre risque d’être proche de zéro.

–> Verdict: Déménagement raté. Personne n’est venu t’aider, tu n’as rien pu faire. Voilà ce à quoi ta chambre ressemblera pendant les 2 prochaines années:

 

Le choix des invités

Option 1 Ne choisis pas forcément les gens dont tu es le plus proche, ni tes meilleurs amis. Car oui, malgré toute l’amitié que tu leur portes, tu sais pertinemment que ce sont de gros chieurs. Opte plutôt pour tes collègues les plus sympas, ou pour tes potes de l’urban foot, ou même ce mec de la compta, un peu con mais très serviable, que tu as croisé l’autre jour à la machine à café. Vu sa tronche, ça n’avait pas l’air d’être le genre à avoir des plans de ouf pour le week-end. Donc en plus de récupérer 2 bras de plus, tu feras une bonne action en lui faisant croire que tu es son ami.

–> Verdict: Déménagement réussi

Option 2Tu comptais sur ton pote relou qui arrivera -comme toujours- avec 2 heures de retard, ou sur celui qui a le don d’inventer de nouvelles maladies les jours où il peut se rendre utile? Mauvaise idée,te voilà tout seul devant ton frigo avec ta petite soeur de 11 ans. Le pire, c’est que tu ne pourras même pas te venger, car eux ont eu la bonne idée d’emménager le mois dernier, avec ton aide, bien sûr. En fait, ce qui manque aux déménagements, c’est un livret de remerciements, comme pour un disque. Comme ça, le mec qui arrive à la bourre ou qui t’annonce au dernier moment qu’il ne vient pas au dernier moment, tu le mettrais pas dans le booklet, et ça, ça lui ferait bien bien mal. Mouhahahahaha…

–> Verdict: Déménagement complètement raté. Remarque, si tes potes ne viennent pas, ça t’évitera d’avoir à leur gueuler dessus:

Le buffet

Option 1: Déménager, c’est beaucoup de responsabilités, énormément de choses essentielles auxquelles tu devras penser: prendre les mesures des meubles pour ne pas te retrouver comme un con avec une armoire à 200e qui ne rentre pas dans l’ascenceur, trouver une place livraison pour les bagnoles, rendre la camionnette à l’heure, etc… Alors autant ne pas se prendre la tête à vouloir nourrir la terre entière. L’astuce: tu demandes aux gens de venir à 15h (comme ça, pas de confusion, ils ne s’attendront pas à ce que tu leur serves à bouffer en plein milieu de l’après-midi), et tu annonces dès le départ qu’ils seront libres comme l’air à 19h, en précisant que toi, tu devras en revanche vite partir rendre la camionnette de location. Comme ça, personne n’espérera un éventuel dîner à tes frais dans le restau en bas de chez toi. Laisse quand même traîner un ou deux paquets de chips et des bières, ça fait toujours bon effet.

–> Verdict: Déménagement réussi

Option 2: « Venez dès que vous pouvez, les mecs, il sera jamais trop tôt pour commencer. » Et bah si, justement, il sera trop tôt. Tes abrutis de potes vont se pointer à 12h30, la serviette autour du coup, et toi, comme un naze, tu vas te sentir mal à l’aise et tu te sentiras obligé d’aller leur acheter un kebab. Bien entendu, ils n’hésiteront pas à faire chauffer leurs phones à coups de textos assassins pour ton portefeuille: « Viens dé ke tu pe, ya à bouffer, il régale tou le monde. » Le déménagement n’a pas encore commencé que t’en as déjà ras-le-bol. L’après-midi va être très longue. Voire interminable quand ton collègue un peu à l’ouest arrivera de sa banlieue à 19h, l’air de rien, pensant pouvoir rendre service pour la fin des opérations. Sauf que tout le monde sera parti. « Bon, bah c’est pas grave, on n’a qu’à en profiter pour aller manger un truc? »

–> Verdict: Déménagement raté. Ceci dit, buffet ou pas, rassure-toi, ton déménagement ne sera jamais aussi raté que le film du même nom:

L’after

Option 1: Qui dit déménagement réussi dit pas d’after: tous les cartons sont bien arrivés, merci à tous, tout le monde rentre chez soi, heureux de s’être rendus utiles pendant quelques heures, et chacun reprend ainsi le contrôle de son existence médiocre.

–> Verdict: Déménagement réussi

Option 2: « Dis donc, demain on aurait besoin de quelqu’un pour nous aider à faire le ménage… et puis jeudi prochain, est-ce que tu pourrais venir avec nous à Plaisir pour nous aider à ramener le canapé… bon, et de toute façon on se voit le week-end prochain, il me reste quelques trucs à prendre chez mes parents, j’aurais besoin de bras musclés… »
Résultat: ton téléphone ne sonnera plus pendant quelques semaines, tu as perdu tous tes amis.

–> Verdict: Déménagement raté. Tu es seul au monde. Tu es un loser.

Allez, pour finir, une petite note positive: d’après la chanson d’Oldelaf, le déménagement d’un pote fait partie des pires épreuves de la vie. Alors autant dire que si tu t’en sors correctement, tu peux te considérer comme un super-héros.

Lettre de rupture à Facebook

In La chambre d'amis, Roi des ânes on 13 décembre 2011 at 16:16

Par Roi des ânes

« Mon cher Facebook,

J’étais venu te voir, ce matin, comme d’habitude, juste après un salut à Gmail, mais dans un éclair de lucidité soudain, j’ai compris que nous n’étions plus chacun que l’ombre de nous-mêmes et que nous n’irions plus nulle part ensemble.

Je repense à ces sept années passées à tes côtés, quotidiennement, sans qu’une ne ressemble à l’autre. L’effervescence des premiers mois, et tous ces gens disparus avec qui, grâce à toi, je renouais. Le sentiment de force et de sécurité de t’avoir à mes côtés, toi qui as le pouvoir de tracer n’importe quel être humain croisé furtivement au détour d’une soirée en me liant à lui pour toujours. La fin de la solitude que tu m’avais promise et ces centaines d’autres, dont je pouvais lire les pensées, suivre les vies, à loisir.

Je suis resté soudé dans les moments difficiles, le succès et ses tentations mercantiles, ta passion des jeux débiles, tes scandales, ta boulimie d’événements, tes requêtes incessantes.

Puis, peu à peu, les voix les plus personnelles se sont éteintes, les statuts intéressants ont déserté les news, étouffés par les antiques contraintes sociales ressuscitées. Notre cercle d’amis, sans cesse grandissant, est devenu public, inamical. Les photos croustillantes se sont lissées, les dérives narcissiques de certains sont devenues criantes.

Dès lors, notre relation a entamé un inéluctable déclin vers la banalité, le commun.

Non, je ne me jetterai pas dans les bras d’un autre réseau social « pansement » pour t’oublier. Je ne minauderai pas sur Twitter, je ne paraderai pas au bras du fringant Google +. Je te laisse dans mes souvenirs émus du web, aux côtés de Friendset, MSN et Myspace. Et pour t’oublier plus vite, je préfère que nous ne restions pas amis.

Bien à toi. « 

Ce qu’on ne m’avait pas dit sur Paris…

In La chambre d'amis, Vlameth Brevada on 31 octobre 2011 at 15:09

par Vlameth Brevada

Aaah Paris… « La ville lumière où tout est permis », disait Tonton David. Pour un banlieusard de mon espèce, venir habiter la capitale revenait à rendre infini le champ des possibles d’une existence humaine. Mais 3 ans après, je découvre amèrement que certains secrets ne m’avaient pas été révélés. Et je me transforme le temps d’un article en locataire de la chambre d’amis, comme si le suburbain hors-périph qui vit en moi venait rendre visite à ses potes parisiens et leur dire leurs 4 vérités. Je vous les livre d’ailleurs sous forme de liste, parce que c’est grand week-end pour tout le monde, alors vous m’épargnerez les transitions…

– Ouvrir ma fenêtre revient à entrer sans frapper dans la chambre de mes voisins, et à partager leur quotidien merdique. « Chérie, je trouve plus les sacs à aspirateur. »

– Ouvrir ma fenêtre après 23h revient à réaliser que tout le monde se branle royalement de mon droit à regarder Star wars pour la 200ème fois, sans que les Zzzz des sabro-lasers soient recouverts par des ouin, des boum boum, des putain ta gueule sors de chez moi. En tout cas, c’est le dernier des soucis du trash-métalleux qui n’a l’air de trouver son swing harcore et sa disto qu’à la nuit tombée.

– A Paris, on apprend plus vite qu’ailleurs à manier le sens des intonations et des émotions liées au langage. Quand on demande poliment à quelqu’un de fermer sa fenêtre, on est en droit d’attendre qu’il comprenne que ce qui lui est demandé est de fermer sa fenêtre. Ce qu’il fait, normalement. Mais ici, si on demande gentiment quelque chose, cela révèle que le point de non-retour n’est pas encore atteint, et qu’il reste donc une certaine marge avant de devoir irrémédiablement se soumettre au souhait de l’intéressé. C’est vrai, si votre voisin vient vous demander à 3h du mat’ de fermer votre fenêtre parce que c’est pas que j’aime pas les Daft Punk mais Harder, better, faster, stronger 12 fois de suite, c’est pénible, et s’il vous dit ça avec le sourire et en enrobant sa requête de formules de politesse mielleuses, c’est qu’il doit pas être si exaspéré que ça. On va plutôt la remettre une 13ème fois. Et s’il revient, alors là, peut-être que…

– Du coup, cette exposition permanente à la jungle urbaine me force à revoir tous mes goûts musicaux. Quelle sera ma crédibilité sociale une fois que tout le quartier saura que je me cale de temps en temps un petit Lionel Richie…

– Contrairement aux gentils films français où les gentils voisins ont toujours de gentilles attentions, impossible de se tourner vers eux en cas de panne de beurre, de lait, d’oeufs, etc… A moins de savoir dire « Auriez-vous du beurre? » en kurde ou en vietnamien.

– On se retrouve plus vite que l’on ne croit en plein délit de non-assistance à personne en danger. Est-ce parce que j’entends la voisine du dessous demander à son fils de 3 ans de « finir ton assiette sinon je te fais manger ton caca », que je dois nécessairement intervenir? Faut-il que je me sente citoyennement concerné quand j’entends une série de « viens là, viens là, tu vas voir » proférée à 220 décibels, et que j’assiste bien malgré moi à cette course-poursuit à travers ma vitre? Au cas où la police viendrait me poser 2-3 questions, j’ai pris l’habitude de laisser traîner des écouteurs dans toutes les pièces, de les mettre bien en évidence, et de ne ja-mais nettoyer mes vitres. « Des bruits suspects, vous dites…? Ah non, vous voyez, j’ai toujours un casque sur les oreilles… Et puis avec cette poussière, impossible de voir ce qui se passe en face… » Dieu, épargne-moi.

– Vivre à Paris propose une autre approche de l’équilibre. Si tu croyais qu’un appartement ne pouvait être construit QUE sur une surface plane, tu te trompes lourdement. Comment construire des lignes de métro dans tous les sens sans creuser un peu n’importe comment et affesser les sols, hein? J’en tiens pour preuve cette conversation récente: « Heu, Roi des ânes (enfin… on s’appelle pas vraiment comme ça hein…), tu pourrais prendre l’habitude de fermer la porte coulissante de ton armoire pleine de slips? – Bah quoi, je l’ai fermée. – Tu te fous de ma gueule? C’est peut-être l’attraction terrestre qui l’a faite s’ouvrir toute seule?…. Ah…. Ah bah oui, tiens, c’est ça. » Note pour plus tard: ne plus cacher mes DVD live des Foo Fighters dans cette armoire.


– Ici, chaque locataire participe à l’effort de développement de l’électricité nationale. Fuck le nucléaire, on est engagés à Paris! Car à moins d’habiter au 6ème étage exposé plein sud sans vis-à-vis , pas la peine d’espérer avoir une once de lumière dans son salon sans une ampoule 100W. Ah si, au mois de juin, entre 13h et 14h, on peut lire sans allumer la lumière. La grande vie.

– La vie de quartier… les commerçants… ça me faisait rêver tout ça… « Ah, mais c’est notre client préféré! Alors comme d’habitude? 2 kilos de pommes de terre et une demi-carotte? » Le Truman show, quoi… Et bah, rien du tout!Il y a tellement de monde dans ce putain de quartier que tu peux venir 3 fois par jour acheter des fraises Tagada chez le boulanger, sans pour autant qu’il se souvienne de toi. Parfois, j’ai quand même l’impression de susciter une levée de sourcils, une esquisse de sourire, un « Ah… » plein de bonne volonté, mais de retour chez moi, je découvre aussitôt la vraie raison de cet intérêt soudain pour ma personne insignifiante: un morceau de pain coincé entre les dents ou un filet de morve paisiblement installé dans les poils de ma moustache naissante.

Ceci étant, on est quand même pas mal dans cette ville de merde. Et de toute façon, tant qu’il y aura des steaks tartare dans les bistros et un kebab à chaque coin de rue…

Histoires de poignet

In La chambre d'amis, Roi des ânes on 22 septembre 2011 at 19:27

par Roi des ânes

De la branlette créative

Approchant tranquillement de la trentaine, nous nous astiquons depuis environ quinze ans. En quinze ans, notre branlette a-t-elle changé? Comment nos couches de vécu sont-elles venues se superposer ?

Dans cet article de fond, je voudrais aborder en particulier la branlette imaginative, j’entends par là une branlette sans support de projection pour focaliser son esprit. Ni vidéo x, ni magazine, ni session Facebook, seuls avec “le borgne”, essayant de faire “pleurer le môme”, semi-conscients, parfois les yeux clos, nous divaguons, nous projetons, nous imaginons…

Je distingue trois grandes catégories de branlettes imaginatives:  la familière, la proustienne et la compilatrice.

La familière est celle qui demande le moins d’efforts. Elle se fixe soit sur un fantasme récurrent bien connu de nous et qui marche à chaque fois, soit sur une excitation récente (ce pantalon blanc moulant vu hier soir, cette vidéo décidément originale… ). Inépuisablement, on reprend l’idée dans les grandes lignes sans trop l’agrémenter, on refait encore et encore le match. Efficacité, gain de temps et résultat garanti, mais jouissance assez médiocre.

Deuxième catégorie, la “proustienne”. Essentiellement biographique, il s’agit de recréer avec le plus d’exactitude un moment érotique vécu. Là, notre esprit doit reconstituer l’impression sensorielle en ne ménageant aucun aspect: l’apparence bien sûr, mais aussi les parfums, la texture des vêtements, des cheveux, de la peau, la chaleur du souffle, l’intonation d’une parole, le contexte, l’instant qui a suscité cette cristallisation ressuscitée. Il faut se donner bien sûr un peu de mal, parfois même répartir la construction du souvenir sur plusieurs «sessions» car un détail pertinent peut toujours éclore de cet état transcendantal proche du rêve. Jouissance nostalgique.

Enfin, la compilatrice, sûrement la plus intéressante, car il s’agit stricto sensu de branlette créative. Je pense que chaque mec dispose en lui d’un patrimoine de données excitantes qu’il compile, sur quinze années ou plus, sans les oublier. A chaque occasion, une infinité de possibles s’ouvre à lui, tous les assemblages sont permis, sans souci de chronologie ou de crédibilité.
On peut donc combiner la fille sur laquelle on fantasmait en 4ème ( dangereux quand même ) avec une artiste R&B (Rihanna, mais dans sa tenue du clip “All of the lights” ) qui nous susurre d’une voix suave le texte original d’une partenaire réelle, au cours d’une soirée sympa qui a vraiment eu lieu, dans un enchaînement calqué sur une fiction pour adulte, de qualité, bien entendu. Jouissance dantesque.

Merveilleuse parenthèse hors de la vie pragmatique, création spirituelle de haut vol, remettons la branlette à sa place, le 10e Art, rien de moins.