Un blog en 6 pièces

Archive for the ‘Roi des ânes’ Category

Le Roi David

In Près des enceintes, Roi des ânes on 9 avril 2012 at 17:36

Par Roi des ânes

Paris est la seule ville au monde où David Guetta a le trac avant de monter sur scène… et presser le bouton play du cd de son concert.

22H30

Triste, triste dimanche de Pâques dans la capitale déserte. Sous une pluie molle et froide, je me dirige vers le temple aux pelouses verticales qui vibre depuis 19h30 aux sons des infrabasses fun-radioesques; le Roi, fidèle aux coutumes du royaume de la « night », ne sera sur scène qu’à 23h. Les métros parisiens attendront d’ailleurs spécialement pour lui.

22h55

Bercy, qui s’est métamorphosée en une immense boite de province, craque sous la foule des fidèles qui arborent bracelets lumineux et t-shirts aux  slogans d’Ibiza. Soudain, l’assemblée frémit comme un seul homme: tous les regards convergent vers la tribune VIP où la reine et le prince – Cathy et Elvis Guetta- saluent généreusement le bon peuple, dans un nuage de VIP issus de la télé-réalité que seul l’oeil expert de Vlameth aurait pu identifier. Je ne reconnais pour ma part que Jean Marie Bigard et une angoisse sourde monte en moi.

23h précises

Le roi David accède à son trône : 4 platines cd devant un écran vidéo. Maigrichon, avec une coupe de cheveux que seuls un triple album de platine et une liste de featuring vertigineuse sur Nothing but the beat (2011) autorisent, David met son casque et lance son bulldozer électronique qui ne bougera pas d’un seul beat pendant 3H.

Le boléro de Guetta, 600 fois le même cycle en une soirée !

Vous avez dit pauvreté musicale? Non ! Simplicité, appropriation immédiate de la ritournelle pour les impétrants au levage de bras. Les usages du royaume Guetta sont simples et David vous les donne de bon cœur : doigts en pistolet quand un sample “tabasse”, mouvement des avant-bras à l’entrée des percussions, doigts en coeur pour les intros vocales boursoufflées d’auto-tuner, et pour le summum, l’extase, claquement de mains au dessus de la tête en marquant le beat alternativement de chaque pied.

Alors on danse. Et quand le véritable tube de l’album,”Little bad girls” (feat Taio Cruz et Ludacris) explose et que les machines à confettis et fumées répandent une ambiance de boum de collège, on chante de bon coeur.

Que fait-il exactement derrière ses platines? C’est un peu la question, à cause de cette fâcheuse manie qu’il a de lever les bras – ou de boire – au moment précis des enchaînements. Mais le seuil de rentabilité de cette merveilleuse équation – un mec sur scène vs 17.000 entrées payantes – est d’une telle beauté qu’on lui pardonne son djing en play-back.

1H00

En nage, David prend quelques mesures pour nous rappeler que sa musique fut longtemps ostracisée, cantonnée aux raves illégales dans des tunnels. Et à l’écouter 15 ans plus tard, on se demande bien ce qu’il reste de ce paradis underground auquel se réfère cette joyeuse putasserie sonore.

Mais à travers cet univers vulgaire et cheap où l’énergie drink a remplacé la drogue, David demeure désarmant de bonne volonté, tout occupé à faire kiffer les gens, presque touchant quand il rit comme un môme à chaque fois qu’il a piégé son public en coupant le son.

Alors comme disait le bon Arthur Honegger : “Vive David vainqueur des Philistins, l’éternel l’a choisi, l’éternel le soutien.”

Pour ou contre : Lana Del Rey

In Pietro Della Rocca, Près des enceintes, Roi des ânes on 23 mars 2012 at 15:52

par Roi des Ânes et Pietro Della Rocca

POUR : Lana Del Rey à la recherche du temps perdu, par Pietro Della Rocca

Afin de comprendre le phénomène Lana Del Rey, un rapide retour en arrière s’impose. Eté 2011, les internets s’embrasent. Le clip Video Games fait le tour de la toile marquant ainsi le début de ce qui sera certainement le plus grand buzz du moment. La Lana mania envahit alors la planète culture pour toute la fin d’année 2011 et la diva américaine sera portée au pinacle par tout hipster qui se respecte. Puis vient en janvier 2012 la couverture des Inrocks consacrant « la naissance d’une icône ». Le début de la fin.

Car s’il est bien une chose qui hérisse le hipster lambda, c’est qu’un de ses petits protégés devienne populaire. Or c’est là le plus grand crime de la new-yorkaise : Lana Del Rey est en passe de devenir mainstream. Haro sur l’idole ! La voici accusée de tous les maux : la belle serait la pire performeuse scénique de l’histoire du son, coupable de plagiat, une immonde barbie remplie de silicone, bref un « produit marketing » fabriqué de toutes pièces par de méchants capitalistes dans le démoniaque objectif de vendre des disques. Soit. Et si on parlait un peu de musique ?

L’album Born to die, sorti fin janvier en France, que l’artiste définit parfaitement elle-même comme « estival et sombre », est d’un lyrisme ensorcelant. Les quinze titres empreints d’une profonde nostalgie, d’une beauté crépusculaire, résonnent comme l’évocation proustienne d’un bonheur passé. Une plongée dans l’intimité pastel d’une jeune fille en fleur à la portée universelle, car comme l’expliquait le grand Marcel, « c’est à la cime du particulier qu‘éclot le général ». Une heure de douce mélancolie dans ce monde de brutes, durant laquelle la jeune Lizzy nous ouvre les portes de son Dark Paradise.  « Pick me up and take me like a vitamin / ‘Cause my body’s sweet like sugar venom » lance-t-elle dans son insolent Radio. Une invitation que tout cœur sensible serait bien inspiré d’accepter. Car pour qui a un jour aimé, ri, souffert, en un mot vécu, il n’est rien de plus doux que d’aller faire un tour du côté de chez Lana.

 

CONTRE : Lana del Koulechov par Roi des ânes

Comment est-il possible que le piano-voix le plus fadasse de la décennie Video Games associé à des images télé des 90’s fasse soudain écho à un tas de choses chez un tas de gens – tout en décrétant que nous sommes officiellement vieux car la nostalgie était associée jusqu’ici aux films super 8  ? C’est grâce à Monsieur Koulechov !

Principe de l’effet Koulechov: les images ne prennent sens que les unes par rapport aux autres, et le spectateur est amené inconsciemment à les interpréter dans leur succession et non dans leur indépendance.  Une expression de visage neutre arborera un sens différent selon les images qui lui sont apposées.

Or les regards neutres mention bovinne, Lana, c’est sa spécialité !

Démonstration.

                                                 Lana est au bout du rouleau

 

 

 

 

 

 

                                                            Lana a envie d’un whooper


 

 

 

 

                                                          Lana va voter Mélenchon

Vous me direz, ça c’est que de l’image et qu’on s’en fout dans le cas d’une chanteuse. Mais le problème avec ce jeune sosie de Julia Roberts, c’est que l’effet Kouletchov s’applique également à sa musique, car Lana n’a pas un style de chant, elle en a minimum trois par titre.

Prenez par exemple le titre éponyme de l’album, Born to die. Fermez les yeux et écoutez.

Premier couplet : le bon vieux Elvis Presley, même désarticulation dans les graves.
Refrain : Nelly Furtado – « Say it right » on entend presque les cris façon baleine de Timbaland en fond.
Pont: Gwen Stephanie, nasal et péchu.

Une dernière preuve ?  Lana réalise l’exploit d’être diffusée simultanément sur Nostalgie, RFM et Virgin Radio. Shiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit comme on dit à Baltimore.

Lana del Rey (combinaison koulechovienne du prénom de l’actrice hollywoodienne Lana Turner et de la Del Ray, voiture typique des années 50 fabriquée par Chevrolet) c’est un peu comme un film de Tarantino, tous les bons éléments proviennent d’ailleurs. On kiffe le pot pourri avant de réaliser à quel point la proposition artistique est spécieuse, poseuse et creuse.

Les énigmes de youtube / n°1

In Le home cinema, Roi des ânes on 2 mars 2012 at 17:24

Par Roi des ânes

Planète Terre, année 2120. Les survivants de la 3e Guerre Mondiale découvrent les disques durs de Youtube, uniques témoins de la vie humaine au début du 21e siècle. Grâce aux millions de vidéos ressuscitées, ils tentent de décoder cet âge d’or culturel de l’humanité. Avec quelques énigmes…

Énigme 1 – chamanisme

Pourquoi ont-ils tourné un deuxième clip  de “Release me” d’Agnès ?

Piste: petite excitation bizarre à 00:03:49 ?

Énigme 2 – comportementalisme

Pourquoi Avril Lavigne met-elle gentiment sa ceinture de sécurité, alors qu’elle vient de piquer un taxi et qu’elle “just want to mess around”? (00:00:55)

Énigme 3 – vitesse

Combien y’a t’il de chanteuses dans le girls band coréen SNSD?

Top score: 14 secondes

Énigme 4 – Langue

Pourquoi ont-ils doublé des novelas brésiliennes en français ?

Énigme 5 – géopolitique

Quels sont la nationalité, le contexte politique et les références cinématographiques de cette vidéo ?

Les mecs vont galérer.

Camille, la première de la classe

In Près des enceintes, Roi des ânes on 20 février 2012 at 18:06

Par Roi des ânes

C’était chez Taddéï – un mec tellement au top qu’il va forcément se retrouver un jour dans un 6-coups – Camille chantait en live trois extraits de son nouvel album Ilo Veyou. J’ai (re-)pris une claque. C’est la première de la classe des chanteuses françaises, très forte et très agaçante.

Vous connaissez les premiers de classe qui mettent tout le monde à la ramasse, en mode inatteignables, “next step” comme on dit chez Silicon Sentier, et bien c’est ce que je pense de la dernière « copie » rendue par Camille, son album  Ilo Veyou.

A l’écrit, Camille cartonne en français, en maths et en anglais. Entre la sucrée « étourderie« , le jouissif et entêtant “Allez allez allez” et la Partita de Bach pour voix seule “Tout dit” elle cale au passage, un tube digne d’une BO de love story hollywodienne “She was”. Je suis sûr que si elle rappait, ce ne serait pas complètement ridicule.

Et puis il y a l’oral, le live, où son niveau est tel qu’elle ne joue pas dans la même cour que les autres. Pourtant Dieu sait si le live est la planche savonneuse où se vautrent régulièrement les chanteuses. Elles commencent et en quelques notes c’est la dégringolade gênante… Mention spéciale pour le groupe pertinemment nommé Oh la la, qui projette sa chanteuse dans le mur des Lamentations au premier couplet.  Faut « oser » comme ils disent.

Il faut bien dire que le niveau de la classe est atrocement bas, ce qui explique pourquoi le pauvre Vlameth est forcé de fantasmer sur la correspondante québécoise d’Elodie Frégé, Coeur de Pirate. La Grande Sophie (qui a redoublé 5 fois pour filer la métaphore) est pour moi le summum de la nullité, suivie de Mademoiselle K et… non, pardon, j’arrête, Mélanie Laurent, la pionne, nous le répète,  pas d’ouverture sur la haine.

En réalité, il y a régulièrement des one shot dans la varièt’ française, des élèves médiocres qui craquent leur slip et pondent une perle le jour de l’exam.  Je pense par exemple à « Cinq ou six années » de Jeanne Cherhal, ou à “Moi c’est” de Camélia Jordana, improbables et vraiment réussies. Mais sur la longueur, ça ne tient pas. Alors que Camille c’est comme Tonyglandil, c’est du béton.

Et pourtant elle revient de loin, parce qu’avec son premier album Le sac des filles (2002), c’était pas gagné. Pour sa défense, l’enregistrement a eu lieu pendant son stage de sience-po, et elle était saoulée par les exs de son boyfriend d’alors, Jean-Louis Murat, le BG de la chanson française. Et puis vint la révolution du Fil en 2005, avec un concept artistique fort et qui fonctionne (un si en segue du début à la fin de l’album) qui  mit tout le monde KO. C’est un peu comme Radiohead qui, après deux albums dégueux – Pablo Honey (1993) avec l’horreur « Creep » et The Bends (1995) -se sortent les oreilles du c** et pondent la perle Ok Computer. Comme Camille, ils ont voulu se laver de leurs débuts compromettants en poussant vers l’expérimental. Mais si Kid A est génial, The music Hole (2008) est parasité par son aspect super guttural qui, bien que ludique, nuit à presque toutes les chansons. Avec Ilo Veyou, Camille retrouve la langue française qu’elle sait si bien tordre et faire swinger.

Alors, qu’oserait-on lui reprocher, mécréants du web que nous sommes ?

Et bien, de ne pas jouer le jeu.

La caricaturale video  d’« Allez allez allez » le trahit : pas de make up, pas de lipdub mais une acoustique cradouille (10 après l’Hyperballad de Björk), une tenue néolithique vaguement anti – et donc fashion, une banane et… un rot !

Est ce qu’Hélène Ségara, est-ce Nolwenn se permettent de roter ? Non, elles se maquillent, elles se calent bien sur le playback et elles font des regards mollement langoureux. Ce sont des chanteuses, et à tout refuser, tourner en dérision, Camille redevient la tête à claques d’hypokhâgneuse d’Henri IV. Vous savez le genre d’esprit supérieur qui se complaît dans le prosaïsme et la puérilité justement parce qu’il a accès aux plus subtiles abstractions. C’est son côté Guermantes, et elle nous fait tous passer pour des Verdurin (après le rot, le Proust).

Et puis, elle devrait rendre sa banane à Philippe Katerine car son copain de classe, c’est plutôt l’absurde et génial Matthieu Booggaerts.

Camille, t’es la plus forte, on le sait, alors arrête de crâner et vient manger à la cantine avec les autres.

The Artist, the Arnaque

In Le home cinema, Roi des ânes on 10 février 2012 at 13:01

Par Roi des ânes

Donne la papatte à Harvey Weinstein!

Ah vraiment, je n’aime pas faire ça… Balancer sur un film au moment où il va être couronné de statuettes, où il est encensé par une critique unanime, c’est mesquin. C’est le fait des jaloux. Surtout quand il réunit le duo Hazanavicius – Dujardin à qui l’on doit les deux OSS117 qui sont des petits chefs-d’oeuvre du genre. Je voudrais tant crier cocorico avec les autres, mais dans mon for intérieur, un démon m’habite, alors je serai celui qui parmi les courtisans ose dire “le roi est nu”: The Artist est – passablement – une arnaque.

Sans diminuer le talent indéniable de Jean Dujardin qui a eu la chance inouïe (le petit coup de pouce du divin diront certains) de mourir dans la séquence d’ouverture des Petits Mouchoirs de Canet, voici trois éléments centraux qui résument mon malaise avec ce film que j’aurais immédiatement oublié si les académies outre Atlantique n’en avaient fait leur chouchou.

1. De l’hommage au plagiat

C’est l’histoire d’une star du muet que le public et la critique abandonnent à l’arrivée du parlant car ses minauderies lassent. C’est l’histoire d’une jeune figurante du muet qui devient vedette au même moment. Ils s’aiment, elle viendra le sauver et ils partageront ensemble le haut de l’affiche.

The Artist ? Que nenni, Singing in the Rain, film sonore de 1952 où Don Lockwood  est campé par Gene Kelly.  Suis-je le seul qui ait vu les séquences non musicales ?

Je comprends bien que pour financer un film muet, ce cher – mais violent-, “french moghul ” de Thomas Langmann ait du s’appuyer sur un script translucide, universel, référencé. Mais quand on pompe à ce point, il faut citer, ou payer des droits de remake.

2. De l’usage des cartons dans les films muets

Ça, c’est le comble. Ils réunissent des décors somptueux, la musique est très réussie, mais ils ne sont pas foutus de caler correctement un carton.

C’est une évasion le carton de muet, une cassure de rythme poétique qui fait naître des associations sublimes entre les mots et l’image.

Là, ces gogols n’ont mis quasiment que des dialogues. Seulement sur un film en HD de 2011, on lit parfaitement sur les lèvres, et comme Hazanavicius leur fait jouer le même texte pendant les prises, c’est juste redondant, lourd, répétitif. L’élégance du muet leur échappe complétement sur ce point.

3. Du léchage de boules éhonté des US

Ça me fait littéralement mal au cul que l’hommage au cinéma muet réalisé et produit par des Français soit situé à Hollywood. Parce que les walous du muet, les caïds, les King c’est nous, les Européens ! L’âge d’or de Fantomas (Feuillade, 1913), des Trois Mousquetaires (Pouctal, 1912) et  Napoléon selon Gance (Gance, 1927), c’est à Paris que ça se passe ! Et Nosfaratu (Murnau, 1922), Metropolis (Lang, 1927) à Berlin ! Et Pauline Carton, c’est du polysulfaté ?!!  (JP Coffe)

Pauline, l'unique, l'artiste !

Ont-ils oublié  que jusqu’en 1914, le premier exportateur de films mondial, c‘était Charles Pathé et que sans cette foutue Première Guerre mondiale, les Américains ne nous auraient jamais délogés ? Ils ne nous auraient pas non plus piqué Chaplin, Murnau et René Clair ! Bref, avait-on besoin de leur lécher gratuitement les boules une fois de plus ? En tout cas, ils ont apprécié.

Voilà, justice est faîte avec partialité, n’est-ce pas ? La preuve, je n’ai même taclé Bérénice Bejo et pourtant Dieu sait si elle avait sa place dans Les Petits Mouchoirs.

Mayweather vs Pacquiao

In Le salon, Roi des ânes on 1 février 2012 at 12:02

Par Roi des ânes

Tous les 8 mois environ, la rumeur revient, les deux plus grands boxeurs de notre temps vont enfin s’affronter. Les chiffres tombent – un gâteau de 50 millions de dollars à se partager entre eux-, les fausses conversations téléphoniques annonçant le match abondent sur Youtube faisant fantasmer des millions de fans, mais le combat est sans cesse reporté: 5 mai, 9 juin, novembre 2012… What the fuck ? Ou comme dirait DSK, « what is it about » ?

Si vous n’aimez pas la boxe, cet article est aussi – un peu – pour vous, car ce sont deux icônes de la culture populaire mondialisée, un peu comme Adele et le Che.

Du point de vue divertissement, c’est le match idéal pour une raison simple: Mayweather est un génie de la défense et Pacquiao, un génie de l’attaque. Le premier est invaincu en 42 combats, le second champion dans 8 catégories différentes. Mayweather, ultra-précis, travaille en contre, ne lance jamais plus d’un coup à la fois, le second, hyperactif, travaille en combinaisons de 3, 4 voire 5 coups sans jamais relâcher la pression.

Niveau personnalité, c’est aussi la nuit et le jour. Floyd “Money” Mayweather Jr est un enfant du ghetto américain: mère sous crack, père boxeur et dealer de coke (sa carrière pro s’arrête quand son beau-frère lui tire dans les genoux au fusil à pompe alors qu’il tient le jeune Floyd dans les bras – pour se protéger disent les mauvaises langues). Il évolue dans le Show Biz de Las Vegas, c’est un beau gosse obsédé par l’argent – il a changé son pseudo originel “Pretty Boy” pour “Money”-.

Mais c’est avant tout une hallucinante tête de con. Arrogant, frimeur, provocateur adepte du “trash talk” même avec le légendaire commentateur Larry Merchant.

Choqué Larry !

Il tape aussi sa femme et va faire bientôt 90 jours de prison ferme, ce qui n’arrange pas nos affaires.

Quant à Manny “Pac-Man” Pacquiao, rien que dans le pseudo, on comprend que ce n’est pas la même – il s’agirait en fait d’une référence à son chien et pas au jeu video…-. Le mec vient du trou du cul des Philippines, où il vendait des crêpes dans la rue pour 2 dollars par mois. Il a truandé sa carte d’identité pour pouvoir se battre avant d’être majeur, d’où le total de 59 combats pro à 33 ans – on connaît le favori des deux pour la maladie de Parkinson.

À force de victoires féroces, notamment les deux triptyques sanglants contre Morales et Marquez, il est devenu le héros du peuple philippin et est élu au congrès depuis 2010. On le dit assez proche de la junte d’extrême droite militaire, mais bon, dans un pays où un boxeur vote les lois, il n’y a pas de raison de s’inquiéter outre mesure.

The Fighting Congressman

Et la technique, dans tout ça ?!! 


Pourquoi Floyd et Manni sont “géniaux” et pas “très forts” comme les autres athlètes des catégories Walter & Super Walter ( 63-69 kg) où s’affrontent les plus grands talents des années 2000 ( De la Hoya, Cotto, Mosley, Marquez, Judah, Margarito, Hatton, Ortiz, Berto etc.)

Et bien, parce que ce sont des créateurs, rien que ça.

Mayweather a grandi à Grand Rapids, dans une rue caillera d’où est issue une lignée de boxeurs utilisant une technique de défense spéciale qu’il a poussée à la perfection : le “shoulder roll”- roulement d’épaule pour les nuls en anglais. Le concept: un bras avant très bas avec l’épaule très haute de sorte à protéger le menton, avec un gant arrière collé sur la joue droite. La coiffe de l’épaule sert de leurre en oscillant de droite à gauche. Toujours à bonne distance Floyd Mayweather fait glisser les coups en tournant son buste de gauche et de droite au même rythme que son adversaire, même coincé contre les cordes. Cette technique le rend quasi inatteignable à la tête. Nombre de boxeurs se sont épuisés sans jamais l’atteindre et les happy few se comptent sur les doigts d’une main. On se souvient de “Sugar” Shane Mosley qui lui rentre à la 2e reprise un direct du droit dans la bouche, et plus fortuitement de Zab « Super » Judah qui l’attrape avec un crochet du droit en contre. A chaque fois, on a cru Floyd au bord du KO mais il s’est accroché et les autres ont recommencé à manquer, inexorablement, en cherchant à le toucher en haut.

À vrai dire, on ne connaît pas exactement la “qualité de son menton”, c’est-à-dire sa capacité à encaisser des coups propres. C’est ce qui rend cette rencontre si passionnante parce que Manny, les crochets du gauche en pleine poire, c’est sa marque de fabrique !

Many Pacquiao est un puncheur très puissant et surtout très rapide. Vraiment très rapide. Des bras bien sûr, mais aussi des jambes qui lui permettent d’effectuer des déplacements véloces et donnent une férocité effrayante à ses attaques. On citera l’humiliation d’Oscar de La Hoya qui ne voyait jamais le petit oiseau sortir.

Mais le génie de Pacquiao se trouve dans les angles qu’il trouve grâce à une forte capacité à se désaxer latéralement. Le principe est cruel, l’adversaire ne voit pas venir le coup fatal de la combinaison qui est masqué par l’angle de frappe. C’est l’héritage de son entraineur Freddy Roach, finement surnommé “cockroach”- cafard, par le clan Mayweather, et qui, pour le coup, a vraiment chopé Parkinson ( HBO Boxing lui consacre un feuilleton passionnant en ce moment.) 
De plus, Many a cette lucidité et cette acuité rares qui lui permettent de donner un coup tout en en esquivant un autre. L’exemple le plus somptueux est le KO humiliant du sympathique Ricky Hatton à la fin de la 2e reprise…

Voilà quelques une des raisons qui font de cette rencontre le match le plus attendu de la décennie, notamment parce que ces deux boxeurs ont besoin d’un final splendide ( leur Ali – Foreman ) pour être couronnés et passer seuls à la postérité.

Le petit plus Pacquiao

Il donne des concerts cheesy après les combats. Il chante comme une bille mais qui aura les couilles de lui dire? Hein ? Qui ?

Manny au top.

Le petit plus Mayweather

Son amitié avec 50 cents qui accompagne en live ses entrées sur le ring.

Le maître mot: maturité

Quoi ? Vous voulez connaître mon pronostic ? OK. 
Mayweather, le cul par terre dans la 4e et la 5e (KD), survit et l’emporte aux points à la fin de la 12e reprise.


NB: l’auteur se réserve le droit de modifier à loisir ce pronostic avant le match et peut-être même après.


President Eric

In Le salon, Roi des ânes on 10 janvier 2012 at 18:50

Par Roi des ânes

Ce midi, attablé dans un pub en dégustant un “egg and sausage sandwich” bien gras, je matais d’un oeil morne un reportage sur le TGV Londres-Birmingham sur Sky News. Quand, tout à coup, les regards des sujets de la reine Élisabeth autour de moi ont convergé vers l’écran plasma comme un seul homme. Même les rougeauds attaqués à la Amstel ont déserté les fléchettes pour s’approcher. Un vent d’incrédulité aimantait tous les regards vers la news incroyable que déclamait, émue, la présentatrice : Cantona candidat de l’espoir en France (in englich in ze text).

Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais imaginé un tel bonheur. Sa sortie sur les banques l’année dernière n’était qu’un apéritif, il nous réservait le cookie aux pépites de chocolat pour 2012.

Je le vois déjà régler la question de la taxe Tobin en deux temps trois mouvements: le col de chemise bien relevé devant la commission parlementaire, Angela regarderait sans broncher ses escarpins made in RDA ( pas moi, l’autre, le pays des Trabi). Sans compter qu’en politique étrangère ce serait le tapis rouge : avec Canto président c’est tout le UK qui monte au front à chaque vote avec nous. Je parie qu’ils se convertiraient même à l’Euro s’il leur demandait. Fini de faire copain-copain avec les ricains…

On la tiendrait notre Europe guérie de la peste financière : ouverture des marchés de la City et Paris avec un pénalty dans les burnes du trader de l’année…  Conférences de presses énigmatiques à grand renfort de mouettes et de chalutiers dans les métaphores, troc de la Marseillaise pour un “Oh Ah Cantona » national…

On était trop jeune pour voter Coluche, mais là, la tentation est grande. Quoi de plus logique quand on a été King Eric, le digne successeur de Guillaume le Conquérant,  de devenir, pour cinq années épiques, President Eric.

"Il y a quelque chose de moi qui m'échappe chez les autres." King Eric

Pour ou Contre: Keira Knightley, prétentieuse pré-pubère ou actrice sensible

In Le home cinema, Roi des ânes, Vlameth Brevada on 4 janvier 2012 at 21:16

par Roi des Ânes et Vlameth Brevada

Il arrive aux locataires de ne pas être d’accord, et de le faire savoir. Le sujet brûlant du moment: Keira Knightley. Si l’inutilité du film A dangerous Method a fait l’unanimité dans l’appart’, la prestation de K.K a en revanche clairement divisé. On vous livre 2 avis bien tranchés sur cette petite pisseuse, ou grande comédienne, à vous de voir.

CONTRE: Keira, prétentieuse pré-pubère par Vlameth Brevada

Comme tous les biopics au cinéma, A Dangerous Method est un film qui passe à côté de son sujet. En revanche, impossible de passer à côté de l’insupportable museau de belette de Keira Knightley. Putain, j’ai cru qu’elle allait me faire quitter la salle avant la fin. Et ça, sachez que ça ne m’est jamais arrivé. Même pour Molière avec Romain Duris, je suis resté jusqu’au bout. Mais là, dès la première scène, Keira joue à la fofolle possédée, déformée par son hystérieet enchaîne une vingtaine de fois la même mimique, celle de pousser en avant son menton déjà suffisamment proéminent. Waaah, elle met en lumière son principal défaut physique, quelle actrice, quel courage, quelle prise de risque… Mais attendez, elle est où la prise de risque? On dirait que n’importe quelle minette qui ferait 3 grimaces mériterait un Oscar. Surtout les merdeuses qui jouent une hystérique complètement barjo, mais tiennent quand même à rester stylée dans leur ensemble XIXème.

En matant cette scène insoutenable de nullité, j’ai eu envie de mourir, certes, mais j’ai surtout eu le souvenir de ce passage de Pirates des Caraïbes 2, sur une plage déserte, où Keira K. feint de s’évanouir pendant que les 3 abrutis se battent 20 mètres plus loin. Vous ne l’aviez peut-être pas deviné, mais à ce moment-là, elle essaie d’être drôle. Oui, oui, c’est une scène comique. Mais quand Keira essaye d’être drôle, ça fait le même effet que quand Muriel Robin essaie d’être sérieuse: ça donne au spectateur l’affreuse envie d’enfoncer sa tête dans son canapé, et d’y rester quelques heures. En d’autres termes, Keira Knightley rend mal à l’aise comme une scène d’engueulade familiale dans « Ca se discute ».

Le pire, c’est que Keira ne se contente pas de faire son spectacle dans les scènes censées être fortes. Car quand elle n’essaie pas de prouver à la terre entière qu’elle peut briser l’image-de-la-fifille-trop-sage-qui-lui-colle-à-la-peau- peau que je soupçonne d’ailleurs sans trop savoir pourquoi d’être moins lisse qu’il n’y paraît et plutôt recouverte de peaux mortes, mais là n’est pas la question- quand elle joue des scènes quelconques, donc, elle ne peut pas s’empêcher de nous servir du minaudage niveau Ludivine Sagnier, la bouche en coeur, l’accent en avant, misant tout sur son physique de brebis anorexique et sa voix de pucelle.

Tu l’aura compris, Keira, je ne t’aime pas trop. Et au-delà de savoir pourquoi tu continues à squatter les écrans et les pages de pub malgré ton inconsistance notoire, je me demande surtout comment Jack Sparrow a bien pu se laisser avoir par tes miaulements d’adolescente en rut. Je ne vois pas ce que l’on peut te trouver, à moins de s’appeler Michel Fourniret. Ou Roi des Ânes

***

POUR: Keira, actrice sensible par Roi des Ânes

C’est marrant, Vlameth, l’unique raison qui m’a poussé à aller voir A dangerous method c’est Keira, car je suis de ceux qui lui vouent un culte depuis le film teenage The Hole (2001) qui l’avait révélée comme la plus énervante des jeunes prodiges anglaises.
Oui, Keira est une actrice froide, dôtée d’une technique stupéfiante, qui joue chaque plan avec un tel engagement que nous ne percevrons jamais rien de qui est cette jeune femme derrière son masque de comédienne. Un peu comme Isabelle Huppert jeune, ce qui ne présage, je l’accorde, rien de bon pour la suite. Elle rejoint à ce niveau, que peu atteignent, son partenaire de Pirates, Johnny Depp, également capable de maîtriser à la perfection chaque élément de son visage.

Ce visage, justement, est bien l’énigme et le charme de Keira, dont la beauté lutte contre des traits osseux et se divise en deux parties: une partie supérieure illuminée par ses grands yeux de biche romantiques qui trahissent une fragilité et quémandent l’empathie du spectateur, et, une partie inférieure arrogante et farouche, dominée par une bouche agressive toujours légèrement ouverte dans un rictus qui provoque, nous met au défi, et un menton prognathe qui affirme qu’elle ne nous cédera rien.

Ce détail n’a en effet pas échappé à David Cronenberg qui a exagéré cette antonymie faciale dans la première partie, peu convaincante , il est vrai, du film. Keira ne reprend sa stature que dans le dernier tiers, où la fébrilité de son grand corps d’oiseau – peu désirable à cause de sa maigreur qui participe malheureusement à sa cinégénie époustouflante- redevient émouvant.

Enfin, c’est son accent londonien extrêmement sec, sur lequel chaque réplique rebondit magnifiquement qui n’en finit pas de me séduire, ces aiguës dans les exclamatives et ce rire cristallin de jeune aristocrate du théâtre qui s’est dévoyée chez Buena Vista…
Comme quoi, Nick Hamm (The Hole, Killing Bono) a su saisir très tôt l’ambivalence profonde de cette créature superbe, qui dans une scène de semi-viol implore les garçons de l’aimer tout en se refusant à eux…

Le 6-coups (de Noël) / n°9

In Au pied du sapin, Roi des ânes on 21 décembre 2011 at 21:11

Par Roi des ânes

Cette semaine, j’ai remplacé mes cartouches par trois belles paires de boules… de Noël (OSS117, Rio ne répond plus). Et toutes ces merveilles passent en ce moment à Paris !

1. Impressing the Czar de William Forsythe, à Chaillot

Y’a peut-être pas de gouvernement en Belgique, mais y’a des danseurs !!

Le Ballet Royal de Flandre ressuscite le ballet de 1988 du génial chorégraphe new-yorkais qui singe notre société agitée et obscène avec une pertinence vertigineuse…

2. A dangerous Method  de David Cronenberg

Bad, bad, bad Keira !

Un peu poseur, faussement intello, mais si vous êtes venus pour les fessées, vous ne vous êtes pas trompés de séance !

3. La Mélodie du Bonheur de Richard Rogers et Oscar Hammerstein II au Théâtre du Châtelet

Yodele-yodele-yodele-hi-hu !

Ach ! Amoureux de Mary Poppins ce spectacle est pour vous ! Ça chante juste et bien d’un bout à l’autre, c’est bucolique à souhait. Mais les mélodie vous hanteront pendant 10 jours minimum…

4. Géométrie de caoutchouc Pièce d’Aurélien Bory pour un chapiteau, Espace Cirque d’Antony

Qui n’a jamais rêvé d’escalader un chapiteau de cirque, de glisser contre ses paroies, de rebondir comme sur un trampoline ? C’est poétique, ludique et c’est bien plus que du cirque…

5. Mission Impossible 4  de Brad Bird pour cet homme :


Simon Pegg, ex. Shaun of the Dead, ex Hot Fuzz tient le film d’un bout à l’autre, avec les nichons de Léa Seydoux.

6. Emmanuel Todd 

Emmanuel Président ! Emmanuel Président !

Démographe, anthropologue, historien, politologue, c’est à des mecs comme ça qu’il faut confier le FMI et la France… Quoique Monsieur Todd, ça fait un peu Mario Kart…

Lettre de rupture à Facebook

In La chambre d'amis, Roi des ânes on 13 décembre 2011 at 16:16

Par Roi des ânes

« Mon cher Facebook,

J’étais venu te voir, ce matin, comme d’habitude, juste après un salut à Gmail, mais dans un éclair de lucidité soudain, j’ai compris que nous n’étions plus chacun que l’ombre de nous-mêmes et que nous n’irions plus nulle part ensemble.

Je repense à ces sept années passées à tes côtés, quotidiennement, sans qu’une ne ressemble à l’autre. L’effervescence des premiers mois, et tous ces gens disparus avec qui, grâce à toi, je renouais. Le sentiment de force et de sécurité de t’avoir à mes côtés, toi qui as le pouvoir de tracer n’importe quel être humain croisé furtivement au détour d’une soirée en me liant à lui pour toujours. La fin de la solitude que tu m’avais promise et ces centaines d’autres, dont je pouvais lire les pensées, suivre les vies, à loisir.

Je suis resté soudé dans les moments difficiles, le succès et ses tentations mercantiles, ta passion des jeux débiles, tes scandales, ta boulimie d’événements, tes requêtes incessantes.

Puis, peu à peu, les voix les plus personnelles se sont éteintes, les statuts intéressants ont déserté les news, étouffés par les antiques contraintes sociales ressuscitées. Notre cercle d’amis, sans cesse grandissant, est devenu public, inamical. Les photos croustillantes se sont lissées, les dérives narcissiques de certains sont devenues criantes.

Dès lors, notre relation a entamé un inéluctable déclin vers la banalité, le commun.

Non, je ne me jetterai pas dans les bras d’un autre réseau social « pansement » pour t’oublier. Je ne minauderai pas sur Twitter, je ne paraderai pas au bras du fringant Google +. Je te laisse dans mes souvenirs émus du web, aux côtés de Friendset, MSN et Myspace. Et pour t’oublier plus vite, je préfère que nous ne restions pas amis.

Bien à toi. «