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Grolles de drame

In Le salon, Pietro Della Rocca on 26 juillet 2011 at 17:23

par Pietro Della Rocca

 

Etant chômeur depuis quelques semaines, et de ce fait complètement désoeuvré, je me suis récemment découvert un fantastique compagnon de route : le Tour de France. Voir tous ces mecs habillés de manière totalement ridicule lutter sur leurs bicyclettes avait quelque chose d’apaisant pour moi qui passait mes journées à mouler en slobard dans mon salon. Un peu comme si dans une sorte de sacrifice christique, les Voeckler & co en chiaient comme des Russes à gravir des cols à 25% de moyenne pour que d’autres personnes aient le droit de glandouiller tout l’été. Malheureusement, mes petits copains à pédales sont arrivés à Paris, ils ont remballé leurs vélos et leurs trousses à pharmacie et sont allés goûter à leur tour un repos bien mérité. Merde, qu’est-ce que je vais devenir ?

Un être humain lambda aurait certainement sombré dans la dépression, dévorant des Miel Pops h24 en regardant Gulli. Pas moi. Montrant une force de caractère digne d’Aron Ralston, j’ai décidé de vivre. Et quoi de mieux pour se sentir vivant que d’aller dépenser son argent pour s’offrir des chaussures (j’ai conscience que cette dernière phrase sonne vraiment très gay, mais que voulez-vous, je suis un fan inconditionnel de Carrie Bradshaw). J’enfile donc un pantalon (chose qui ne m’était pas arrivée depuis plusieurs jours) et file en direction de ce temple de du street wear appelé Citadium. A nous deux Paris. Un premier choc m’attend à l’intérieur : du haut de mes 27 ans, je suis d’assez loin le doyen de la foule des badauds en quête de style. Ca commence à devenir pénible. Il était déjà devenu compliqué de trouver un bar n’ayant pas été confisqué par une jeunesse aux dents longues se nourrissant de notre lent déclin et de notre proche décrépitude. Il est désormais exclu d’aller faire du shopping sans avoir l’impression d’être un vieillard croulant. Très bien, reste calme. Je suis pas sorti de ma retraite pour faire demi tour à la première difficulté. Je savais que ce serait dur. Je respire un grand coup, et je fonce. Putain, ils sont tous en train de se foutre de ma gueule…

Tentant de me faire le plus discret possible afin d’éviter les ricanements de tous les petits cons qui feraient mieux de réviser leur oral de rattrapage (« non Kevin, Göring n’est pas une marque de sous-vêtements »), je jette un oeil attentif à tous les modèles de pompe disponibles. Et là, nouveau souci : il y en une blinde. Comment faire un choix ? Seul face à cet océan de godasses, je donnerais un rein pour pouvoir compter sur les conseils avisés d’une Cristina Cordula (mais si, la milf qui relooke des trumeaux sur M6 ! Bah ouais, je suis chômeur…). Je fixe finalement mon attention sur un modèle cool, quand me saisit une vieille angoisse familière : je vais devoir solliciter le vendeur pour essayer les chaussures. Mon rythme cardiaque s’accélère. Si ça se trouve, je viens de choisir sans le savoir un modèle pour meufs, et tout le staff va bien se fendre la poire en me montrant du doigt. Ou alors la jeune fille en gilet rouge a de graves problèmes personnels, et elle a d’autres choses à foutre que de m’apporter ces Converse en 44. N’écoutant que mon courage, je saute finalement le pas et demande ma pointure. Merde, ils l’ont plus. Une fois. Deux fois. Trois fois. Comme si c’était pas assez compliqué comme ça, il semblerait que la France qui se lève tôt se soit passée le mot pour venir vider les stocks sur toutes les pompes pour lesquelles j’avais plus ou moins un bon feeling. C’est officiel, les dieux de la sape sont contre moi.

Au final, j’ai opté pour une paire de Nike. Des Nike rouges pour tout vous dire. Un peu par défaut. Un peu par orgueil. Pas question de rentrer à la maison les mains vides. Mais je suis pas totalement convaincu. Mes prochaines sorties dans la rue risquent d’être anxiogènes. Alors si vous me croisez par hasard dans le métro, soyez sympa, n’hésitez pas à me faire un petit compliment du genre « Cool des grolles Pietro ! », « Classe les sneakers ! », ou encore « T’es vraiment canon, ça te dirait qu’on fasse l’amour ? » (ok, vous êtes pas obligé(e)s d’aller jusque là). Toujours est-il qu’après cette épreuve, je pense avoir mérité un peu de réconfort. Pour la fin de la semaine, je pense que je vais me contenter de mater les championnats du monde de natation à la télé. Si des types sont allés jusqu’en Chine pour pratiquer le dos crawlé en moule-bite, c’est bien pour que d’autres aient le droit de se la couler douce, non ?