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Cadeaux de Noël : Orelsan vs Youssoupha (concerts)

In Au pied du sapin, Slim Kid M on 9 décembre 2011 at 15:41

par Slim Kid M

Noël approche, et les locataires pensent à leurs lecteurs qui ne savent pas quoi offrir en cette charmante occasion. N’hésitez plus, rejoignez-nous au pied du sapin et suivez nos conseils. Aujourd’hui quelques pistes de réflexion pour vous sortir de cette aporie qu’est de choisir entre 2 concerts de rap!!

Vous voilà le 24 décembre, 15h00, vous avez enfin tous vos cadeaux. Tous ?… Non, il manque celui de votre petit cousin de 20 ans (ou frère, ou soeur, ou copain, ou autre…)!! Meeerde… l’heure n’est plus au shopping mais à nos fidèles amis, les cadeaux dématérialisés de dernière minute !! Pas mesquin, vous foncez sur un site de billetterie en espérant acheter  le premier billet qui vous glisse sous la souris.

Vous savez que le zinc est fan de rap, mais vous le hip hop ce n’est pas votre truc ! Pourtant vous devez faire un choix devant l’offre pléthorique des concerts parisiens… Très rapidement, vous éliminez un paquet de concerts louches et/ou peu  avenants (Kery James en acoustique aux Bouffes du Nord… no comment  ; Capitale du Crime en tournée, non merci…) et hésitez entre deux valeurs à peu près sûres : Orelsan à l’Olympia le 31 mai 2012 et Youssoupha à l’Olympia le 7 mai 2012.

Visuel non contractuel - Ne vous arrêtez pas à la photo, lisez l'article.

Malheureusement, ni le prix (aux alentours de 30€) ni la salle (l’Olympia, pas besoin d’épiloguer… ça déroule), ni la période, ni ta mère ne vous permettent de clairement les départager. Too bad.

Il faut donc se pencher plus en détail sur les propositions artistiques des deux rappeurs (si, si : tous ces mots dans la même fin de phrase).

ORELSAN, vous le connaissez forcément. C’est le rappeur qui s’est retrouvé, sans rien demander à personne, au centre d’une polémique, comme la France les aime, sur la misogynie du rap français. La tempête médiatique, disproportionnée et malencontreuse, aura seulement permis à certains journalistes et politiques de tomber dans le piège du politiquement correct sans prendre la peine d’écouter l’album. L’artiste, sans vraiment s’expliquer ou s’exprimer, profitera involontairement de cette publicité à grande échelle. Orelsan a sorti dernièrement son deuxième album,  Le Chant des Sirènes, dont vous pourrez lire une critique ici. L’album a été plutôt bien accueilli, par la critique comme le public. Incontestablement,  quelque chose se dégage de son univers : les thèmes sont inhabituels, l’écriture est souvent  efficace, l’artiste n’hésite pas utiliser l’autodérision et propose une vision très juste de son époque.  En gros, le Jimmy Punchline de Caen est suffisamment  sympathique et intéressant pour se demander si l’on peut aller à son concert. Mais c’est justement là que le bât pourrait blesser car si Orelsan a de bonnes idées, il ne semble pas avoir pas le charisme qui va avec. En tout cas, jusque-là  Toutefois, ces derniers temps, Orelsan a enchaîné quelques plateaux télé : le chanteur n’a toujours pas l’air très à l’aise, mais il présente une formation avec un backing band qui fait naître quelque espoir pour  un show de qualité, ou en tout cas, de la curiosité.

 

Youssoupha vous le connaissez peut être. C’est le rappeur qui s’est vu condamné par la justice pour avoir menacé de mort ‘ce con d’Eric Zemmour’ dans une de ces chansons. Pour le coup, il n’y a pas eu de polémique ni de tempête médiatique. Mais plusieurs lettres ouvertes de la part de Youssoupha jusqu’au récent Menaces de Mort  qui  figurera dans son prochain album, Noir Désir. Depuis 2007, le Lyriciste Bantou a démontré tout son talent à travers deux albums et plusieurs chansons devenues des classiques. Au programme : réflexion, écriture aiguisée, flow, sens de la répartie, punchlines à la pelle (cf L’Effet Papillon)… Chez Youssoupha, les thématiques sont plus ‘streetement’ traditionnelles, et fortement inspirées par le Congo Kinshasa  (où l’artiste est né et a passé une partie de son enfance).  Sur scène,  la formule est connue  : MC lead + backeur + DJ (voire même 2 DJs pour ces dernières prestations à la Cigale). L’homme a une bonne  prestance sur scène et un vrai lien avec son public. Tout cela reste bougrement efficace.

Au final, le concert d’Orelsan est tentant avec sa formule instrumentale, sa hype qui le porte des soirées Can I Kick It au plateau du Grand Journal et tous les kids qui le suivent partout en France. Mais en ce qui me concerne, pour Noël, je choisirai Youssoupha, histoire de voir un bon concert de rap français à l’Olympia… Et ça, c’est pas tous les jours.

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Le chant des sirènes – Orelsan

In Pietro Della Rocca, Près des enceintes on 7 octobre 2011 at 15:31

 

par Pietro Della Rocca

Difficile position que celle de notre ami Orelsan au moment de sortir son deuxième album. Le mec avait séduit une bonne partie du public français (et moi-même en particulier) en prenant le contre-pied de l’ensemble du rap jeu, revendiquant son côté loser, geek et no life. Il faut bien le dire, on s’identifiait assez facilement à cette sorte de trentenaire moyen pas tout à fait sorti de l’adolescence, prompt à trop picoler avec ses potes et effrayé par les meufs. Problème : avec Perdu d’avance (son premier album), le bonhomme a connu le succès, et est même devenu assez hype. Et maintenant, qu’est-ce qu’il va bien pouvoir nous raconter ?

Le chant des sirènes se situe sur une corde raide. Pour caricaturer, deux solutions s’offrent au rappeur normand. La première option serait de continuer à nous parler de ses soirées ratées, de ses échecs du quotidien et de son absence de foi en un futur radieux. Outre le fait qu’un tel discours serait moyennement crédible après le succès connu par l’artiste, il sonnerait surtout comme une redite un peu paresseuse de l’album précédent. Alors oui, c’est vrai, tous les Booba, Rohff ou Sefyu ressassent encore et toujours les mêmes thèmes (j’ai un gros gun, de belles bagnoles et je baise plus de meufs que toi) sans pour autant qu’on leur en tienne rigueur. Il n’empêche, venant d’un mec créatif comme Orelsan qui nous avait surpris en 2009 avec ses textes atypiques, on attend mieux. Force est de constater que malheureusement, les nouvelles chansons du maestro tombent un peu dans ce travers facile. Un exemple : dans les seize chansons que compte l’album (oui, il a été généreux), on rencontre encore des bitures entre potes, des black-out, des choix douteux suite à une trop importante consommation de joints et des lendemains qui déchantent (Des trous dans la tête). Cruelle stagnation résumée par Orelsan lui-même, encore capable malgré tout de trouver les formules qui font mouche : « ton rap c’est comme Pôle Emploi, faut que tu t’actualises ».

L’autre écueil, a contrario, serait de prendre prétexte des récents succès pour basculer dans un rap mainstream nous racontant la gloire, l’argent, et les filles. Bien sûr, Le chant des sirènes ne tombe pas dans le bling-bling (non, Orelsan ne sera jamais Lil Wayne), mais on sent malgré tout une certaine tentation pour le côté obscur, notamment lorsque le garçon fait état de ses nombreuses conquêtes féminines (Double Vie). Venant d’un mec qui nous disait il y a deux qu’il « trouvait jamais de meuf » et « traînait qu’entre testicules », ça fait bizarre.

Si on ajoute à ce constat des musiques vraiment pas dingues, on peut donc résumer Le chant des sirènes en un mot : décevant. Mais pouvait-il en être autrement ? Certainement, étant donné qu’on retrouve tout de même ponctuellement le génie d’Orelan. Le titre éponyme, Le chant des sirènes, offre un son sympa et permet de retrouver l’artiste torturé et un peu paumé qu’on avait adoré, et sa peur de l’échec. Dans un autre registre, Ils sont cools (en duo avec Gringe) renoue avec les recettes qui nous ont fait kiffer. Tout ce qu’on aime dans ce rap : des bonnes grosses punchlines , de la méchanceté gratuite, de l’auto-dérision et un peu de vulgarité puérile. Un manifeste drôle et fédérateur, un peu à l’image de son No Life de 2009. L’album pâtit peut-être d’un certain manque d’ambition, résumé par cette magnifique phrase : « mon canapé en skaï’s the limit ». Il ne nous reste plus maintenant qu’à espérer que notre héros se ressaisisse, à afficher son logo dans le ciel et à attendre qu’il revienne nous sauver des griffes de notre quotidien ennuyeux.