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Pour ou contre : Lana Del Rey

In Pietro Della Rocca, Près des enceintes, Roi des ânes on 23 mars 2012 at 15:52

par Roi des Ânes et Pietro Della Rocca

POUR : Lana Del Rey à la recherche du temps perdu, par Pietro Della Rocca

Afin de comprendre le phénomène Lana Del Rey, un rapide retour en arrière s’impose. Eté 2011, les internets s’embrasent. Le clip Video Games fait le tour de la toile marquant ainsi le début de ce qui sera certainement le plus grand buzz du moment. La Lana mania envahit alors la planète culture pour toute la fin d’année 2011 et la diva américaine sera portée au pinacle par tout hipster qui se respecte. Puis vient en janvier 2012 la couverture des Inrocks consacrant « la naissance d’une icône ». Le début de la fin.

Car s’il est bien une chose qui hérisse le hipster lambda, c’est qu’un de ses petits protégés devienne populaire. Or c’est là le plus grand crime de la new-yorkaise : Lana Del Rey est en passe de devenir mainstream. Haro sur l’idole ! La voici accusée de tous les maux : la belle serait la pire performeuse scénique de l’histoire du son, coupable de plagiat, une immonde barbie remplie de silicone, bref un « produit marketing » fabriqué de toutes pièces par de méchants capitalistes dans le démoniaque objectif de vendre des disques. Soit. Et si on parlait un peu de musique ?

L’album Born to die, sorti fin janvier en France, que l’artiste définit parfaitement elle-même comme « estival et sombre », est d’un lyrisme ensorcelant. Les quinze titres empreints d’une profonde nostalgie, d’une beauté crépusculaire, résonnent comme l’évocation proustienne d’un bonheur passé. Une plongée dans l’intimité pastel d’une jeune fille en fleur à la portée universelle, car comme l’expliquait le grand Marcel, « c’est à la cime du particulier qu‘éclot le général ». Une heure de douce mélancolie dans ce monde de brutes, durant laquelle la jeune Lizzy nous ouvre les portes de son Dark Paradise.  « Pick me up and take me like a vitamin / ‘Cause my body’s sweet like sugar venom » lance-t-elle dans son insolent Radio. Une invitation que tout cœur sensible serait bien inspiré d’accepter. Car pour qui a un jour aimé, ri, souffert, en un mot vécu, il n’est rien de plus doux que d’aller faire un tour du côté de chez Lana.

 

CONTRE : Lana del Koulechov par Roi des ânes

Comment est-il possible que le piano-voix le plus fadasse de la décennie Video Games associé à des images télé des 90’s fasse soudain écho à un tas de choses chez un tas de gens – tout en décrétant que nous sommes officiellement vieux car la nostalgie était associée jusqu’ici aux films super 8  ? C’est grâce à Monsieur Koulechov !

Principe de l’effet Koulechov: les images ne prennent sens que les unes par rapport aux autres, et le spectateur est amené inconsciemment à les interpréter dans leur succession et non dans leur indépendance.  Une expression de visage neutre arborera un sens différent selon les images qui lui sont apposées.

Or les regards neutres mention bovinne, Lana, c’est sa spécialité !

Démonstration.

                                                 Lana est au bout du rouleau

 

 

 

 

 

 

                                                            Lana a envie d’un whooper


 

 

 

 

                                                          Lana va voter Mélenchon

Vous me direz, ça c’est que de l’image et qu’on s’en fout dans le cas d’une chanteuse. Mais le problème avec ce jeune sosie de Julia Roberts, c’est que l’effet Kouletchov s’applique également à sa musique, car Lana n’a pas un style de chant, elle en a minimum trois par titre.

Prenez par exemple le titre éponyme de l’album, Born to die. Fermez les yeux et écoutez.

Premier couplet : le bon vieux Elvis Presley, même désarticulation dans les graves.
Refrain : Nelly Furtado – « Say it right » on entend presque les cris façon baleine de Timbaland en fond.
Pont: Gwen Stephanie, nasal et péchu.

Une dernière preuve ?  Lana réalise l’exploit d’être diffusée simultanément sur Nostalgie, RFM et Virgin Radio. Shiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit comme on dit à Baltimore.

Lana del Rey (combinaison koulechovienne du prénom de l’actrice hollywoodienne Lana Turner et de la Del Ray, voiture typique des années 50 fabriquée par Chevrolet) c’est un peu comme un film de Tarantino, tous les bons éléments proviennent d’ailleurs. On kiffe le pot pourri avant de réaliser à quel point la proposition artistique est spécieuse, poseuse et creuse.

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